Armance, femme, médecin (et mère) de famille
13 Février 2013
Ce jour là, je travaille comme interne dans le service d'urgences pédiatriques d'un CHU.
Je suis en train de turbiner, aller et venir d'un petit patient à un autre, d'une formalité à une autre. Nous gérons dans ces services entre cinq et sept patients simultanément, et on a souvent l'impression d'évoluer comme des petites abeilles dans leur ruche, d'une alvéole à l'autre.
Je suis amenée à suivre un petit couloir qui longe le service des lits-porte. Ce petit service, à l'intérieur du service des urgences, comporte six lits où l'on installe des enfants que l'on garde en observation pendant quelques heures en attendant de décider de l'opportunité d'une hospitalisation. La salle où se trouvent ces lits est garnie de fenêtres qui donnent sur ce couloir.
Je marche le long du couloir, butinant d'un box à l'autre. La fenêtre est à l'exacte hauteur des petits lits à barreaux. En passant, j'aperçois un bébé. Il doit avoir, à vue de nez, neuf ou dix mois. Il est allongé sur le ventre, et lève la tête, appuyé sur ses deux avant-bras. Il suit l'agitation permanente du couloir, et, en passant, son regard accroche le mien.
Je passe, et m'arrête juste après la fenêtre. Je fais deux pas en arrière, et attrape de nouveau son regard.
Il ramène ses jambes sous lui, lève les fesses,s'appuie sur ses mains et s'asseoit, face à moi. Sa Maman nous fait dos, elle est debout à côté du lit et parle avec un homme en blouse blanche.
Je fais mine de disparaitre de la fenêtre, et je réapparais.
Le bébé redresse son dos bien droit, et sourit.
Je recommence encore une fois, en grimaçant, la bouche grande ouverte.
Il lève les deux bras, puis les abat sur ses cuisses avec un éclat de rire.
Sa mère se retourne alors, me jette un regard réprobateur, s'empare du bébé, et le tourne dos à moi.
Je n'ai pas la sensation d'avoir fait quelque chose de répréhensible, mais tant pis, on a passé un bon petit moment, tous les deux.