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Armance, femme, médecin (et mère) de famille

Y a des gastros?

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Dans toutes les cultures, il existe mille et une façons de se saluer. Se dire bonjour, c'est entrer en contact avec l'autre, en lui montrant qu'il compte à nos yeux. Trés souvent, ce petit moment qui ouvre la porte à la rencontre s'associe à une petite attention à l'endroit de l'autre:

- Bonjour!

- Bonjour!

- Comment ça va?

- Ca va, et vous?

Poliment, on renvoie la petite attention: je vais bien et je vous fais savoir que le fait que vous alliez bien m'importe.

Qui amène le premier l'interlocuteur à parler de lui se trouvera ensuite prioritaire pour lui demander quelque chose. Les VM (Visiteurs Médicaux) semblent bien le savoir. Faire parler le médecin sur sa vie personnelle, qui plus est ses vacances ou ses loisirs amène une grande docilité pour les minutes suivantes. Une de mes patientes un peu plus exigente que la moyenne utilise remarquablement cette technique. Lorsqu'elle désire quoi que ce soit qui risque de me faire tiquer, elle appelle aux heures où la secrétaire est absente et se lance, en prenant la main d'emblée:

- Bonjour-c'est-Madame-Martin-vous-allez-bien?

A un tel point que nous l'appelons entre nous Madame-Martin-Vous-Allez-Bien. Je sais que quand elle commence comme ça, il y aura tentative d'extorction d'ordonnance ou de certificat à la clef. Si je réponds poliment et naïvement:

- Je vais bien, merci et vous?

J'ai perdu! La balle est dans son camp:

- Ca-va-merci-il-me-faut-une-ordonnance-d'ECBU-pour-la-petite-elle-a-mal-au-ventre-et-le-grand-s'est-fait-mal-au-genou-au-foot-il-y-a-quinze-jours-et-il-a-toujours-mal-alors-le-monsieur-du-foot-il-dit-qu'il-faudrait-passer-une-radio-et-il-me-faut-l'ordonnance.

Là, je n'ai plus de place pour argumenter.

Que l'on travaille dans le domaine de la santé ou pas, il est des gens à qui poser la simple question "Comment ça va?" est particulièrement dangereux, surtout si notre emploi du temps est un peu serré. Le danger est multiplié si vous avez l'étiquette "soignant".

Lors de mon tout premier remplacement, je me suis retrouvée en consultation face à une patiente qui a déversé en quelques minutes un tombereau de plaintes sur mon bureau. En jeune novice qui avait en elle le secret espoir de sauver l'humanité toute entière, j'ai commencé à m'inquiéter de savoir par laquelle j'allais commencer, auxquelles je pouvais éventuellement apporter un embryon de solution, et comment organiser mon interrogatoire pour apporter un peu de rationalité... Jusqu'à ce qu'elle conclue en disant:

- M'enfin, tout ça, c'est parce qu'on est chez le docteur et il faut bien se plaindre puisqu'on est là. Je viens pour mon renouvellement. Je passe à côté pour que vous me preniez la tension?

Dans un monde où tout est labeur, et où beaucoup de personnes se sentent identifiées à leur travail, une façon fréquente de se saluer est de se questionner sur son activité.

- Y a des clients? Le métier, ça va?

Les patients ici ont une façon particulière de m'interpeler sur ce mode:

- Y a des malades?

Si je leur répondais sincèrement, je leurs dirais que bon nombre des gens qui fréquentent mon cabinet sont en relative bonne santé.

Pour affiner un peu, et en réponse aux reportages-maronniers diffusés par la télévision en période hivernale, l'attention se modifie ces temps-ci:

- Y a des gastros?

C'est touchant, mais les gens s'inquiètent de savoir si je suis soumise de façon répétée à la consultation la plus rébardative qui soit: la consultation pour la gastro!

A l'occasion de cette consultation toujours demandée dans l'urgence, les patients arrivent, ils savent ce qu'ils ont, ils savent que qu'il faut faire, ils ont ce qu'il faut. Ils viennent souvent pour faire un arrêt de travail de un ou deux jours pour "être en règle" avec leur employeur ou pour se soulager de tout leur dégout de la vie dans ces moments là. Quand je les examine, je trouve rien de nouveau. En prime, j'ai droit souvent à une description des courbatures, et surtout du vomi et de la diarrhée, avec innombrables détails pour lesquels j'ai vraiment du mal à me passionner.

C'est gentil, cette attention, mais je préfèrerais un autre thème!

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docteur Vincent 13/01/2013 11:11

Moi, ma première phrase est " bonjour, que puis-je faire pour vous?" Et on rentre dans le vif du sujet.

Babeth 12/01/2013 15:47

Tu crois que ça pourrait marcher avec mon banquier? :-)

annesophe 12/01/2013 09:35

Rhhooooo! Moi qui commence toutes mes conversations téléphoniques (avec des personnes connues) par "Bonjour, Vous allez bien?"... Je n'avais jamais calculé que je pouvais ensuite leur demander des trucs compliqués, c'est juste parce que c'est poli ++, et c'est vrai qu'en général ça les met dans de bonnes dispositions.
Mais j'aime bien que mes interlocuteurs soient dans de bonnes dispositions y compris quand c'est eux qui ont besoin de moi.
Enfin, je comprends mieux maintenant pourquoi ça a toujours l'air de surprendre ma SuperDocGéniale, elle a peut-être les mêmes autres patients que Mme Martin ;-)