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Armance, femme, médecin (et mère) de famille

Tournesol.

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Toute consultation de médecine générale commence par le temps de l'interrogatoire.

Avant de nous jeter sur nos patients pour les papouiller, il est bon de s'enquerrir du motif de leur venue, histoire d'échafauder une stratégie thérapeutique après avoir papouillé utile.

L'usage veut que nous laissions d'abord le patient s'exprimer librement, ne précisant pas combien de temps, et que nous partions ensuite de notre propre chef à la recherche d'informations médicalement plus ciblées pour envisager la suite, c'est là la phase proprement dite d'interrogatoire.

Lorsque nous rencontrons les patients pour la toute première fois, la première partie de l'entretien n'est pas toujours facile à maitriser. Depuis le volubile qui vogue de digression en digression sans jamais avouer le motif de sa venue, jusqu'au au bloc de marbre qui vous gratifiera d'un "grompf" quand vous aurez vous même trouvé ce qui l'amène, tout est possible à partir du moment où ils ont franchi le seuil du bureau.

Avec un peu d'expérience, un rapide coup d'oeil dans la salle d'attente oriente un peu, ou vous met totalement à côté, c'est une des choses qui fait le charme de ce métier.

Etant donné la diversité des situations que nous sommes censés prendre en charge, les batteries de questions que nous pouvons poser se renouvellent à l'infini.

Il faut avouer cependant, notre pratique étant en grande partie saisonnière, certaines consultations semblent se reproduire indéfiniment sur la même journée, particulièrement de novembre à mars.

Un de mes maitres de stage m'avait mise en garde contre la monotonie de certaines journées de consultation. Il se trouvait saturé par les renouvellements de traitement. Je pense ne pas être installée depuis suffisamment longtemps, ou peut-être usé-je plus souvent de la mention "à renouveler" sur les ordonnances, mais ce sont surtout les consultations pour les épidémies saisonnières qui ont cet effet anesthésiant sur moi.

Le patients doivent probablement ressentir la même chose, ou sentir ma lassitude, ou avoir déjà comparé mutuellement leurs plaintes dans la salle d'attente.

Ils arrivent tous avec des plaintes semblables, et je me retrouve, plusieurs fois d'affilée, à demander "où?" "quoi?" "depuis quand?" "avec ou sans fièvre?" .

La plupart du temps, les infos affluent en bon ordre, et l'affaire est vite entendue.

Il est certains patients qui sont pour moi un mystère. Je ne sais pas s'ils suivent le cours de leur pensée, ou s'ils se sont préparé un laïus avant de venir me voir, mais j'ai la sensation qu'ils n'écoutent pas mes questions, et qu'ils me donnent des réponses.

Les jours où je suis un peu à cran, je re-pose les questions pour avoir la bonne réponse à la bonne question:

- depuis quand toussez-vous?

- Et bien ça a commencé, j'étais chez ma mère.

- ET DEPUIS QUAND TOUSSEZ-VOUS?

Certains jours, je décide de laisser filer, je continue la pêche à l'info. Je demande "où?", on me répond "quand?", et bien je n'ai qu'à demander "comment?" pour savoir s'il y avait de la fièvre. C'est très payant, mais je suis heureuse qu'il n'y ait pas de témoin, car j'ai parfois l'impression d'être en conversation avec Tryphon Tournesol:

- Je viens vous voir, Docteur, parce que je me sens grippée.

- Et ça fait combien de jours?

- J'étais chez ma mère quand ça a commencé.

- Vous avez eu de la fièvre?

- c'est surtout la gorge.

- Vous avez pris des médicaments?

- Oooooh, je ne sais pas, j'avais des courbatures, mais je n'ai pas pris la température.

- Vous toussez?

- Et puis c'est le nez, alors j'ai pris des "milles" (entendez par là "paracétamol à mille milligrammes", NDLA).

C'est tout un art, mais au final, j'arrive à ce que je voulais.

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