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Armance, femme, médecin (et mère) de famille

Le marteau et l'enclume.

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Ce jour là, il y a un peu plus de deux ans, je suis enceinte. Je me réveille le matin, et je pleure.

Je vais commencer encore une journée, je suis déjà épuisée, je sais qu'elle sera terrible, je serai épuisée en rentrant, et je le serai encore demain matin.

Je veux tenir.

Je veux m'arrêter de travailler le plus tard possible. Je sais que je ne pourrai pas cesser mon activité longtemps, mais je tiens à consacrer le plus de temps possible à mon enfant après sa naissance, parce que je sais par expérience que je suis incapable de me passionner pour les patients dans les semaines qui suivent l'accouchement, et que ces moments d'intimité avec le bébé sont tellement fugaces.

Alors pour y arriver, j'ai tout prévu, mais rien ne fonctionne comme prévu.

J'avais prévu d'arrêter de travailler la nuit. J'ai prévénu le responsable des gardes de mon secteur dès le deuxième mois de grossesse, en lui demandant de m'exclure du tour de garde à partir du sixième mois et pendant mon congé maternité. Il m'a donné un accord de principe, et je viens de découvrir qu'il ne l'a pas fait, et que je suis censée continuer à assurer des gardes la nuit et le week-end, au vague motif que "il y en a que ça n'arrange pas". Le Conseil de l'Ordre me recommande de négocier avec le responsable de mon secteur. La boucle est bouclée. Donc, à moi de me trouver en dernière minute un remplaçant pour des week-ends en zone rurale pour la période d'été...

Certes, je cotisais depuis dix ans à une assurance qui me permet de bénéficier d'indemnités en cas d'arrêt de travail. En me penchant sur la question, je comprends qu'elle n'indemnise pas pendant la période qui couvre le mois précédent et les deux mois suivant un accouchement, qu'elle octroie cependant une indemnité forfaitaire qui correspond à... dix jours de mon activité. Pour eux, "grossesse normale" ou "fatigue" n'est pas un motif suffisant pour indemniser un arrêt.

Certes, la Caisse d'Assurance Maladie nous donne maintenant des indemnités journalières, je n'en avais pas bénéficié à la grossesse précédente, et je m'étais endettée sur plusieurs années pour m'arrêter trois mois. Ces indemnités correspondent à un tout petit tiers des charges que je dois continuer à supporter lorsque je ne travaille pas. Je ne peux pas mettre ma secrétaire au chômage, ou reporter la totalité des charges sur mon associé. J'y ai droit sur la durée d'un congé-maternité identique à celle des salariés, mais même avec les rétrocessions du remplaçant, je dois encore payer la moitié des charges et faire tourner la maison. Je ne sais pas combien de temps je vais tenir à ce rythme là. Pour éviter les grosses dépenses imprévues, j'ai pris soin de faire réviser les voitures.

Certes, la caisse de retraite consent un allègement de charges aux femmes médecin enceintes, mais il ne s'applique qu'après la reprise de l'activité.

Certes l'URSSAF peut consentir des allègements de cotisation, mais demande un calcul anticipé et précis du manque à gagner, à vingt pour cent près. Mon activité est encore fluctuante, et je ne sais pas encore avec certitude quelle sera la durée de mon arrêt, ni l'activité de mon remplaçant. Ce calcul est impossible.

Je sais que je vais vite commencer à couler financièrement dès que je ne travaillerai plus, car j'assure la plus grosse partie du revenu familial.

Pour tenir longtemps, j'avais prévu de me ménager.

Seulement voilà, en plus des gardes pour lesquelles il me revient maintenant à moi seule de trouver une solution, plus mon ventre grossit, plus les patients comprennent que je vais m'absenter. Je pensais réduire la charge de travail quotidienne, et la pression se fait massive. "Avant que vous ne partiez, il faudrait qu'on s'occupe de mon problème de...", et le non urgent se fait urgent au motif que je suis fatiguée et que je vais bientôt cesser de travailler, même si je me fais remplacer par un médecin aussi compétent que moi: "oui, mais c'est pas pareil". Et il faut que je m'occupe de la prothèse de hanche, la coloscopie, le stripping, la septoplastie nasale qu'on a fait surseoir jusque là parce que "c'était pas le moment".

Ils s'imaginent que je vais m'absenter longtemps. Une m'a même confié qu'elle allait me regretter: "c'est le troisième enfant, vous prenez un congé parental, vous avez droit à combien? Trois ans?". Je ne supporte plus ce décalage entre ce qu'ils imaginent et ce que je vis.

Ce doit être écrit sur moi que je suis au bout, car les mêmes patients qui ont insisté pour venir me voir avant mon départ finissent la consultation par des conseils de repos. "Prenez soin de vous, Docteur". Je le prends comme une injonction paradoxale.

Les rares qui sont au courant de la difficulté qu'est de mener de front une grossesse et une activité libérale compatissent, et terminent parfois par un odieux "mais vous avez choisi d'être médecin".

Qu'ai-je choisi? D'être médecin, précisément. J'ai choisi de faire un métier qui consiste à soigner des gens. J'ai bien prononcé le serment d'Hippocrate, mais je ne me souviens pas avoir prononcé de voeux sacerdotaux. A aucun moment je n'ai fait voeu de pauvreté, de chasteté ou d'obéissance. J'ai bien choisi ce métier par vocation, mais ce n'est pas un sacerdoce. J'ai choisi de soigner, je n'ai pas choisi l'épuisement.

Lors de ma première grossesse, j'étais interne, et j'en ai déjà entendu pas mal, de la part des autres internes: "T'es contente? Tu vas arrêter les gardes!". Je n'ai pas fait d'enfant pour arrêter les gardes. D'ailleurs, j'ai été obligée d'en faire, des gardes, parce qu'on manquait d'interne dans les hôpitaux de périphérie, et je me suis retrouvée dans un hôpital où ne travaillaient que quatre internes, et le roulement était impossible à tenir à trois. Alors j'ai fait des gardes. Mon chef de service me laissait dormir jusqu'à midi le lendemain matin, car à l'époque, le repos de sécurité était une notion inconnue, et j'ai entendu un jour une infirmière dire qu'il était scandaleux que je sois payée à dormir les lendemains de garde.

Les Sages-Femmes m'ont engueulée, et je sais qu'elles ont raison, elles m'ont recommandé de m'arrêter pour moi, pour le bébé à venir. J'ai déjà vu ce qu'est un accouchement prématuré. Je sais que c'est ce que je risque, et je connais l'enfer qui suit.

Je ne sais pas où est la limite, mais tant que je peux continuer, je le fais. Je me sens le jouet de tous, les patients qui veulent que je règle maintenant les problèmes qui existent depuis des mois ou des années, les autres médecins qui m'ont refusé au dernier moment un aménagement des gardes, les administrations qui me font comprendre que je ne suis pas malade, et que je vais donc m'arrêter à mes frais. J'en viens à penser que c'est moi qui ne suis pas capable d'assumer mes décisions.

On l'a voulu cet enfant.

Pour l'aînée, on m'a dit: "c'est pas le moment, t'as pas fini tes études".

Pour la seconde, on m'a dit: " c'est pas le moment, t'as encore ta thèse à finir".

Et pour le troisième, on me dit: "c'est pas le moment, tu as ton cabinet qui tourne".

Alors je continue...

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emilie 04/10/2016 11:25

je viens de lire votre post,
cela me touche,
je suis dans la même situation que vous ce jour, le CDOM refuse l'exemption de garde malgré une MAP médicalement attestée...
Si ça avait été l'ordre de bouchers charcutiers j'aurais pu comprendre

@DrLaeti 25/01/2014 13:36

C'est la ènième fois que je lis ce billet.
A chaque fois je suis déprimée.
Je ne devrais pas, hein, rien n'est impossible, je suis courageuse, etc. Mais ça n'empèche, ça me touche. Seule, collaboratrice, je suis à un âge où "faudrait penser à s'y mettre", dit-on. Et ça donne un vertige insurmontable...
Déjà particulièrement sensible aux multiples injonctions paradoxales de notre exercice, je crois que je ne suis pas capable d'endurer ça. C'est une injustice que je n'accepte pas. Tenir le plus longtemps possible avant l'accouchement? Mettre de côté pour assumer la période d'arrêt d'activité? Ces concepts sont odieux, en vrai. Pourquoi on s'inflige ça? J'ai des difficultés à me dire que c'est du courage, même si je le reconnais pour toutes celles qui l'ont fait et le font encore. Je crains de me sentir maltraitée, et consentante... c'est dur de trouver la limite.
J'ai bien peur de ne pas pouvoir. J'ai bien peur que ça me mette dans une colère infinie, ingérable. J'ai bien peur que le sentiment d'être forte et fière de tenir le coup ne compense pas celui d'être contrainte de faire avec.
Voilà.
Et je ne saurais même pas dire si tout ça est un aveu de faiblesse ou au contraire une saine protection de soi... C'est compliqué.

julie 16/11/2013 22:01

Merci à ce grand homme d'esprit appelé Dr Samura que je ne sais pas comment le remercier pour le bon travail qu'il a Don pour moi et la famille qui je veux partager mon témoignage avec vous tous que je suis marié à Hassan Moel et mon nom est Julie DeShields depuis six ans maintenant, il m'a laissé avec deux enfants avec savoir raison que je ne sais pas quoi do.so un jour où j'étais à mes amis lieu lorsque j'ai exposé ma douleur à son sujet de ma dépression que j'ai être à la recherche qui me permet de sortir puis mon ami m'a appelé pour me rapprocher de son amour me dire sur la façon dont elle a obtenu ce grand homme d'esprit qui l'a aidée à trouver son chemin pour chercher son mari à l'époque que je demande à son contact, elle va rapidement et obtenir son ordinateur et m'a donné sa carte d'identité e-mail et son numéro oui, c'est comme ça que je l'ai contacté pour une aide. Et maintenant je suis si heureux avec ma famille et avec un foyer heureux si vous êtes dans une telle douleur gentiment Via Email SAMURATELLERSPELL100@YAHOO.COM ou appelez 2348103508204 avons foi en lui et il vous aidera
Julie DeShields.

Soph 04/09/2013 09:13

bonjour, et bien nous sommes nombreuses à avoir galérées pendant nos grossesses !
Donc ne te décourage pas.. si possible...
Pour la 1ère, nous vivions de peu, je ne rentrais ds aucune case : non thésée mais plus salariée, libérale remplaçante mais pas thésée, bref les indemnités (modestes) n'ont pas voulu de moi. Les 2 autres grossesses ont eu droit à leurs 6 semaines d'indemnités, en les casant à partir de J-1 de l'accouchement.
Mais mes grossesses se passaient très bien et ont même pu être prévues pour pouvoir remplacer l'été !
Mais effectivement, les patients sont parfois terriblement inconséquents : celle qu'on arrête à 3 mois de grossesse pour 10 de TA (et moi, j'ai 8 dès le 4ème mois !), les BB qui font du trampoline sur mon ventre qd je les examine à 8 mois de grossesse, la boulangère énervée que je n'arrive qu'à 10h en visite car elle est en plein rush et moi, j'ai envie de vomir et j'accoucherai 1 semaine après etc... bref histoires comme d'autres.
Mais je n'avais pas de cabinet, peu de charges, la CARMF repoussait mes echeances, j'étais remplaçante, nous étions extrêmement bohème et roulkions en Diane, mes remplacés étaient (et sont toujours, je leur suis associée à présent) adorables, certains patients étaient compatissants et arrangeants.
alors, courage et pensées, arrête toi si tu t'épuises et surtout, prenons du recul face aux réflexions et n’hésitons pas à dire leur fait aux confrères hostiles et patients chicaneurs.

Mrk 03/09/2013 09:38

Bonjour,
Les gardes en médecine de ville sont volontaires. Il suffit juste de prévenir les autres médecins de ton secteur pour leur dire que tu arrêtes les gardes pendant tant de temps. Et pour bétonner ton dossier, tu demandes un certificat à ta sage femme ou a ton gyneco, et tu l'envoies au conseil de l'ordre.

armance 03/09/2013 12:56

Sur le papier, ça se passe effectivement comme ça. La réalité a été toute autre: médecins du secteur qui ont refusé de me retirer du tour de garde, Conseil de l'Ordre muet.

EML 09/07/2013 12:35

Ma 3° fille a 24 ans et j'étais jeune pédiatre à l'époque. Même galère mais cela nous avait donné la force de lutter contre l'absence de congé payés pour les femmes médecins : nous avions créée l'association des médecins femmes de l'Isère pour nous faire entendre localement et créer un lobying qui s'est révélé efficace. Les syndicats n'étaient pas encore sensibles à la féminisation de la profession. Avec le Syndicat des femmes chirurgiens dentistes, la FMF et la CSMF et grâce à Simone Weil ministre de la santé à l'époque nous avions fait changer la loi pour les non salariés non agricoles : 5 ans de combat pour ne plus être assimilées aux femmes de médecin et avoir droit à 2 mois de congé payés - puis extension de ce droit en cas d'adoption. C'était peu mais c'était tout un symbole. Ce congé a été étendu dernièrement mais cela reste difficile car le libéral implique des charges lourdes non (ou mal) compensées.
Notre association locale a périclité progressivement car les jeunes femmes ne se sentaient plus concernées par des revendications spécifiques..
Peut-être qu'il faudrait à nouveau se mobiliser pour se faire entendre ?
Je ne regrette pas d'avoir eu mes 3 filles et d'avoir mené mon activité professionnelle en même temps même si j'ai eu souvent des états d'âme et l'impression de ne rien faire de bien .. L'avenir m'a prouvé que j'avais eu raison : mon métier me passionne toujours autant et j'ai de bonnes relations avec mes filles devenues jeunes femmes.
bon courage à vous mais on a plus de poids quand on est pluieurss à dire la même chose - et à vouloir se faire entendre.
elisabeth ML

docvivi 02/07/2013 13:19

Bonjour, j ai bien lu une loi protégeant la santé de la femme enceinte salariée avec obligation sur demande de l intéressée de la dispense du travail de nuit..pour une salariée bien sûr...pourquoi pour des gardes imposées par la CPAM, il n y a pas les même obligations? C est sur qu'enceinte, c est difficile d être querulent mais c est vrai que sur des situations aussi mepriseables il faudrait pouvoir porter les affaires en justice afin de faire respecter ce droit élémentaire, je Suis bien contente d être une spécialiste libérale qui fait des gardes uniquement "volontaires", en fait si le forfait reçu pour les gardes par la CPAM pourrait être considéré comme du salariat le problème serait réglé? Signez vous des contrats d accord pour la permanence des soins?..

armance 02/07/2013 16:14

Les gardes ne sont pas salariées, et échappent donc au code du travail.
Nous ne signons pas de contrat. Elles ont été longtemps imposées du fait de notre statut. Elles sont depuis quelques années soumises au volontariat, en fait en théorie. Personnellement, suite à cette période difficile, j'ai émis le désir de me retirer du tableau de garde "effecteur" (sur le terrain), pour ne plus faire que de la régulation téléphonique au SAMU, qui est également considéré comme participation à la permanence de soins. Le responsable de mon secteur a refusé, le Conseil de l'Ordre m'a signifié que je ne présentais pas d'argument pour une dispense de gardes.
Je figure donc toujours sur le tableau, malgré moi, malgré l'article du code de déontologie où il est écrit noir sur blanc que la participation à la permanence de soins est soumise au volontariat.
Pour ne pas laisser les patients sur le carreau la nuit et les week-ends, je me fais remplacer.
Le problème matériel est partiellement résolu, mais la perte de confiance vis-à-vis de certains autres médecins et des institutions est totale.

docvivi 30/06/2013 22:56

Bonjour, je suis vraiment effrayée de voir à quel point on peut se maltraiter, c est vrai que nous sommes conditionnés, façonnés pour faire face quoiqu'il arrive, qu'il est difficilement admis dans la profession de concevoir qu'un médecin puisse être malade ou enceinte et que oui, il est comme les autres et pas un surhomme, ni un dieu, ni un moine...je trouve tout de même qu'il est important de se fixer des limites et d en fixer aussi aux autres, aux patients, et j ai appris aussi douloureusement que ça ne peut venir que de soi...ca me fait un peu peur, ce dévouement extrême, vos patients vont trouver ça normal et ne comprendront pas des changements de cap, bon courage en tout cas, et j espère en effet que la profession finiera par comprendre qu'il y a des femmes parmi eux, et que d ailleurs si c était leur femme, ils leur interdieraient le travail de nuit enceinte, d ailleurs c est pas interdit dans le code du travail??..merci.

armance 30/06/2013 23:09

Nous sommes conditionnés dès nos études à pousser nos limites sans réfléchir. Nos anciens argumentent souvent par "de notre temps", comme s'il était important que les choses ne changent pas.
En secteur libéral, nous prenons la responsabilité de l'organisation de notre travail, mais on voit ici qu'en cas de grossesse, nous ne sommes pas du tout aidées par notre environnement.
Le Conseil National de l'Ordre laisse à chaque conseil départemental le loisir d'examiner les demandes de dispense de garde, par exemple. Pour ce qui est de la grossesse, aucun texte ne le réglemente, et j'en ai fait les frais.
Les internes sont soumis au code du travail, encore faut-il savoir et pouvoir faire valoir ses droits. Pour eux, la menace est de perturber un cycle d'études déjà long et difficile.

mak 24/06/2013 21:41

La maternité ne dure qu'un temps. Et avec nos 2 bébés par femme, je pense que l'on peut s'accorder un temps rien que pour bébé et maman. Même en prenant un an par bébé, ça ne représenterait que deux années sur toute une vie; en prenant 6 mois, ça ne fait plus que un an... est ce impossible ? est ce scandaleux? La vie n'est pas homogene. Il y a un temps pour tout. La grossesse est un travail à temps plein, 24h sur 24, 7 jours sur 7.
Oblige -t-on les medecins retraités à faire des gardes sous pretexte qu'il faut remplir le tableau de gardes?

mak 24/06/2013 20:56

Je suis médecin. J'ai accouché prématurément à 28SA; mon petit ange a vécu 48h.
Je suis furieuse de lire tout ça !
Pourquoi compter sur les autres (dont ce n'est aucunement l'interet) pour prendre soin de toi et de ton bébé ! Etre incapable de tous les remettre à leur place en leur expliquant la vie...une femme enceinte et un foetus sont des sujets fragiles qui ne peuvent pas assumer la vie trépidante d'un médecin (les visites, le stress chronique et aigu, les infections...) ! Si vous ne le criez pas haut et fort qui le fera ? Et vous entretenez la situation en continuant à travailler jusqu'à la catastrophe...seulement 48% des grossesses chez les femmes médecins se déroulent sans probleme majeure... et les 52% restant?
Je me suis arrêtée au deuxieme trimestre pour mes 3eme et 4 eme grossesses et je le dis à qui veut bien l'entendre et sans aucune honte ou gène. Moi, je sais ce que c'est que d'être enceinte et medecin : c'est dangereux pour tout le monde! Et c'est totalement inutile. Alors pour que ça change, c'est à nous de faire changer les choses.
Et aujourd'hui, quand une femme enceinte me consulte parce qu'elle est fatiguée, je l'arrete le temps nécessaire, et jusqu'au bout s'il le faut. Car notre rôle c'est avant tout de faire de la prévention (la catastrophe ça coûte un bras à la société) et pas de lui demander de faire comme nous "travailler jusqu'au bout parce que nous, on a fait pire et on en est pas morte"

Hello 24/06/2013 11:22

A croire que certains sont d'une perversité sans bornes et que le système les légitime.
"accord de principe" lol

dr gre 24/06/2013 11:56

J'ai vécu la même chose pour ma 3e il y a très exactement 4 mois sauf que, neurologue à 50km d'un CHU, impossible de trouver un remplaçant. Consultation jusqu'à J-2, mise à jour de la compta J-1 et reprise à J25, le compte en banque plus que vidé... Et je m'estime heureuse parce que grossesse nickel et que ma Choupette est parfaite et s'adapte sans râler à tout ce que je lui fais subir .. ce qui n'empêche pas ma culpabilité!!! Il faut penser à nos petits et nous en priorité, s'imprégner des gentillesses de certains patients et ignorer tous les autres pour lesquels je ne fais plus que le minimum syndical. Mais il y a peut-être aussi un problème d'information du grand public sur la réalité des contraintes des travailleurs indépendants, j'entends encore aujourd'hui des remarques de gens qui me croisant avec mon bébé en dehors du cabinet (donc soir ou week end) me demandent jusqu'à quand je m'arrête...
Il faut rassuere aussi les futurs installés : on y arrive, il faut être préparée et entourée, moi je ne regrette rien et cf Dr Millie qui avait réussi à s'arrêter plus longtemps

DocArnica 23/06/2013 23:44

Une de mes amies médecin a eu trois enfants en étant installée seule. La galère financière totale l'a obligée à travailler jusqu'au bout . Elle a malheureusement accouché entre 2 visites à domicile en se rendant chez elle et ne se rendant pas compte du travail qui avançait . L'expérience a été traumatisante puisqu'elle s'est retrouvée entrain d'accoucher toute seule dans sa salle de bain sans pouvoir téléphoner au 15 .
Faites des enfants qu'ils disaient ....

Babeth 23/06/2013 18:28

:-( (merde, je voulais dire un truc intelligent et je trouve pas)

drkalee 23/06/2013 16:07

Ce post me remue beaucoup, pour plusieurs raisons. D'abord pour toi, j'ai mal en pensant à ce que tu as dû endurer, et je suis en colère de l'indifférence de tes confrères.
Il me fait beaucoup réfléchir sur ma situation personnelle. J'ai eu mon 2e enfant en tant que remplaçante libérale. L'avantage d'assez de souplesse pour pouvoir réguler ma charge de travail (même s'il m'est arrivé de me prendre des remarque désobligeantes parce qu'à 7 mois bien sonnés, j'ai refusé de faire des VAD en zone de montagne). Au niveau financier, je n'avais pas de prévoyance, et les IJ de la sécu... J'ai heureusement la chance d'avoir un mari qui gagne autant que moi, donc entre son salaire et nos économies nous avons réussi à garder le cap. Mais quand j'ai repris, nous n'avions plus du tout d'économies...
Maintenant je réfléchis à avoir un 3e enfant. Et comme j'envisage de m'installer d'ici environ un an, ton post me fait un peu peur. Est-ce que ce sera jouable financièrement de mener de front une grossesse et une installation débutante? En toute logique, il serait plus raisonnable de le faire tant que je ne suis pas encore installée, que j'ai moins de contrainte. Sauf que là maintenant je ne suis pas prête. Bref, je tourne en rond.
Au moins, je me dis que j'aurais un problème de moins que toi, c'est que dans notre département, il n'y a plus de garde libérale la nuit.
Mais quand je vois le nombre de couleuvres que nous, médecins femmes, sommes obligées d'avaler simplement pour avoir nos enfants (remarques désobligeantes, perte financières, épuisement...) je me dit qu'il est grand temps que les choses changent. Il ya aujourd'hui plus de 50% de femmes dans les nouvelles générations, et si on veut qu'il reste des médecins libéraux dans quelque temps, il faut que ça change. Marisol, si tu nous lis...

armance 23/06/2013 20:34

Si le mépris est encore net dans notre profession, je ne sais pas ce qu'il en est des autres professions libérales. Au-delà du corporatisme, il est important de montrer que ces difficultés ne sont pas l'apanage des seules femmes-médecin, mais de toutes celles qui travaillent à leur compte.
Pour ce qui est de notre représentativité dans les instances syndicales, les difficultés à mener de front le travail et les contraintes familiales sont un obstacle majeur. Il en est de même en politique.

doc.plancher 23/06/2013 18:33

Marisol sait pas lire...autre chose que des rapports d'énarque.Et j'exagère à peine.Quelques syndicats de MG se bouge un peu autour de ce problème , il me parait évident qu'il faut instaurer un congé mat pour le libéraux semblable à celui des salariés, ce que serait simplement normal vu toutes les charges que l'on paye.
Mais quand on voit le sexe de nos représantants syndicaux je pense que le problème est loin d'ètre réglé.Bref il faut des femmes aux postes de commande pour faire avancer le truc.

Drkalee 23/06/2013 18:12

Ça se trouve pas aussi facilement que ça! Étonnamment depuis 2 ans que je remplace dans la région, on ne m'a proposé qu'une fois un rempla de grossesse.

Radéchan 23/06/2013 17:51

Bonsoir. Une installation (création ou association), puis fermer 2 à 3 mois pour une grossesse : certainement une très mauvaise idée. Remplace plutôt une femme enceinte avant de t'arrêter ;)

R. 23/06/2013 16:01

J'espère qu'entre tout ça, vous arriverez tout de même à prendre soin de vous

armance 23/06/2013 16:02

c'était il y a deux ans, le temps a passé, mais l'amertume est toujours là.

Yem 23/06/2013 13:14

C'est tellement rageant de lire ton texte! Mais tu n'es pas seule. Et il y a des endroits où cela se passe bien, que ce soit à l'hôpital ou en libéral, donc c'est possible! L'attitude des médecins de ton secteur de gardes est anti-confraternelle et blâmable! Comment peut on se dire médecin et jouer avec la santé d'une consoeur et de son bébé?
Je souhaite que le conseil de l'ordre se penche sérieusement sur la question d'une exemption à des gardes à compter du 6è mois de grossesse, et que sa décision soit écrite noire sur blanc, pour que chaque conseil départemental ne fasse pas à sa sauce selon les besoins du terrain, car il ne sera pas possible à toutes les femmes de trouver un remplaçant.

Raphabad 23/06/2013 12:59

Merci de ce message qui résume parfaitement le problème.
Pendant mon internat on m'a dit "ah c'est le bon plan d'être enceinte tu fais pas de gardes" alors que j en faisais travaillant aux urgences sans aucun aménagement... Plâtrant les chevilles en posant les pieds des patients sur mon ventre, brancardant et même étant "accidentellement" exposée aux rayons puisque personne ne se soucie de la pauvre interne enceinte dans le box à côté...
Maintenant que je suis remplaçante ce n est pas mieux, ma 2ème grossesse ne commence pas très bien et je pleure à l annonce de l'arrêt tant redouté car prévoyance ou pas les revenus vont manquer la culpabilité de planter mes collègues est énorme...
J espère que ces appels seront entendus pk à l heure de la féminisation de notre profession je suis désolée de constater que ma vocation soignante va être anéantie par l absence d aménagement possible avec une vie de famille me poussant à terme vers le salariat ou la reconversion et certainement pas au fait de visser une plaque...

armance 23/06/2013 16:00

Le manque de ménagement et de prévention... J'ai le souvenir d'avoir fait à 6 mois de grossesse une ponction lombaire, en m'enroulant comme je pouvais autour de mon ventre, à une patiente atteinte d'une méningite qui m'a demandé s'il y avait des risques de contamination pour sa fille enceinte qu'elle avait visité la veille...

Docteurneurone 23/06/2013 05:05

Je suis tout à fait d'accord avec toi, difficile les grossesses dans notre métier! J'ai accouché en janvier dernier, j'ai la chance d'avoir des collègues qui m'ont laissée tranquille sur les astreintes en fin de grossesse et d'avoir pu prendre des vacances en fin de conge maternité, l'hôpital c'est quand même bien pour ça.
Mais pour avoir eu des amies internes enceintes, je ne comprends absolument pas que l'on ne mette pas toutes les internes enceintes en surnombre sur les stages, même à 4 mois de grossesse on peut avoir des soucis. Le boulot se reporte sur les autres qui du coup ne sont pas contents... J'ai quand même l'impression que ça s'améliore un peu à l'hôpital, mais en ville et pour toutes les autres professions libérales d'ailleurs il y a encore beaucoup de chemin à faire.

Clob 23/06/2013 00:13

Vous faites remonter à la surface d'amers souvenirs... Suis véto libérale mère de 2 enfants...
comme vous j'ai fait le "choix" de travailler jusqu'au bout (arrêt 5 j avant chaque accouchement) pour profiter des 1ères semaines de mes bébés.
"choix" car chaque grossesse a creusé ma trésorerie d'un trou de 15 000 €...
Exceptée la bienveillance de clientes libérales (infirmières kiné médecins archi ou avocates), les autres m'ont gâtée
De la vraie fausse empathie pour notre "condition" en passant par toutes ces chirurgies de convenance x fois retardées pour devenir "urgentes" à mon 8è mois de grossesse (et oui à 8 mois j'ai dû arrêter la chir: sans être une baleine j'étais trop loin de la table) Sans oublier cette mamie qui n'a pas accepté que je ne réalise pas (de surcroît un soir à 20h) une radio pour une boiterie intermittente avec appui apparue la veille
cette mamie (ni débile ni démente) qu'une irradiation d'un foetus humain n'apitoie pas est néanmoins capable de s'inquiéter de la présence (non avérée) d'OGM dans les croquettes de son chien...
définitivement non, je n'ai pas le sacerdoce des "bêtes"
Ça a remis les pendules à l'heure...
J'ai certes pris un peu de distance, privilégiant la petite enfance de mes enfants à l'exigence souvent déplacée des propriétaires de boules de poils...
mais ça m'a laissé une drôle d'impression de "différence" cultivée à souhait par des politiques qui osent encore nous traiter de "nantis"...
Amitiés

armance 23/06/2013 00:41

Cruel privilège que connaissent les libéraux et les parents qui adoptent à l'étranger: nous pouvons "chiffrer" financièrement chaque enfant.

Radéchan 22/06/2013 23:27

Bonour. Je compatis à 100 %. Couple de médecins en libéral : idem, ma femme demande a être dispensée de garde, refus de certains des confrères, elle fera officiellement ses gardes jusqu'à 15 j avant son arrêt (dans la pratique je ferais ses gardes), idem charges pas proportionnelles, son travail à mi temps est plus "taxé" que le mien, idem indemnités grossesse ( 2001...) ridicules, je faisais tourner la boutique, idem elle a repris 1 mois après l'accouchement, et plein de remarques "ben vous vous êtes arrêtée longtemps" de la part de patients qui demandent un arrêt maladie pour rien (moi pas un jour d'arrêt en 15 ans) et ma femme a eu travaillé avec une PNA, et le sur lendemain d'une cholécystectomie...résultat à la première opportunité elle a arrêté et elle ne regrette rien. Je te conseille de fuir le libéral, à te lire, il est évident que tu n'as pas le cynisme nécessaire pour t'y épanouir. Fuis. Et suis les conseils de ta sage-femme : pense d'abord au gnard. Email pour mieux en parler ? Amitiés.

armance 23/06/2013 12:56

@Radéchan Merci de votre témoignage, il montre que je ne suis pas la seule à qui des médecins aient refusé un aménagement pour le travail de nuit pendant la grossesse, pourtant en toute connaissance des enjeux.

armance 23/06/2013 00:35

Ce n'était absolument pas l'objectif de ce texte.
Le métier est passionnant, il vaut largement la peine d'être exercé.
Il devient urgent de faire apparaître cette réalité, pour faire prendre conscience que la désaffection des jeunes médecins pour l'installation en libéral et en zone dite "déficitaire" est loin de se résumer à une affaire de gros sous ou de carte de géographie.
Il nous faut réfléchir aux moyens qui pourraient rendre l'exercice de la médecine générale plus compatible avec une vie de famille acceptable.

R 23/06/2013 00:22

Je ne suis qu'externe en DCEM3 rien qu'à lire ce texte j'ai envie de me réorienter.