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Armance, femme, médecin (et mère) de famille

Je remercie la grippe!

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Ca y est, la grippe est "au journal", "il le disent à la télé", après les vitrines de noël, les petits producteurs de foie gras Périgourdins, les jouets-phares de l'année, le blanc et les soldes, la neige qui tombe en janvier, voici le marronier ultime, la grippe.

Dans l'esprit collectif, elle fait la fortune du médecin généraliste: des salles d'attentes bondées, un planning totalement rempli pour ceux qui reçoivent sur rendez-vous, l'assurance d'une recette substancielle avec un effort intellectuel et relationnel minimal, elle devrait être le pain béni du généraliste.

On est comme tout le monde, on aime se plaindre: tous ces patients viennent en urgence, c'est dur à gérer, les journées sont longues, ça eut payé mais ça paye plus...

Une journée de grippe, ça reste une journée éprouvante physiquement, un peu répétitive. Elle se corse avec la gestion du reste de l'activité de médecine générale: une journée de grippe avec, sur le feu, un ou deux patients "lourds" ou "en fin de vie", et le curseur penche nettement vers la graduation "burn-out" le soir venu. Il faut ensuite laisser tomber sa blouse pour endosser le costume de femme et mère de famille, se lancer dans un rapide zapping: repas, scolarité, maison...

Il ya quelques années, j'ai trouvé un soir en rentrant la totalité de l'effectif de ma maison, sauf peut-être la chienne, la chatte et la ponette, tous courbés, geignards, perclus de courbatures et fébriles. En ouvrant la porte, j'ai du faire face à un flot de plaintes, toutes identiques, et qui me rappelaient furieusement celles que je venais d'éponger pendant une journée entière.

Afin de préserver un minimum d'équilibre familial, et aussi par épuisement, j'ai conservé mon calme, en tous cas en apparence. J'ai organisé une distribution générale de paracétamol, le seul médicament qui, certes souvent périmé, mais néanmoins encore efficace, figure dans ma pharmacie cuisine.

J'ai ensuite fermement invité tous les consommateurs dudit médicament à se rendre dans leurs lits respectifs, sans passer par la case cuisine, car en effet, les gens fébriles, dans ma maison, n'ont pas faim.

Une fois seule, j'ai commencé à me lamenter sur mon pauvre sort: qu'ai-je fait à qui, d'ailleurs, pour devoir supporter une telle charge de travail, me voir réduite à un tel état d'épuisement? Où diable est le prestige de ce métier?

Je ne me suis pas lamentée très longtemps, parce que j'ai vite réalisé que ma maison était particulièrement silencieuse, que j'étais seule, que je n'avais à faire à manger pour personne, et que je pouvais disposer à l'envi et à tout moment du canapé, de la télé, de l'ordi, du frigo ou de la salle de bain.

Cela peut paraitre curieux ou égoïste, mais pour cette bière fraîche dégustée vautrée dans mon canapé en rentrant du boulot, je remercie la grippe.

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fruitconfetti 31/01/2013 19:24

Merci Armance! Chacun de tes posts me rappelle furieusement mon quotidien, dans tous ces blogueurs doués il me manquait la super-femme-médecin-mère de famille nombreuse!
Et comme je te comprends: silence canapé bière: l'Everest!!

B. 30/01/2013 21:02

À la grippe !

armance 31/01/2013 10:01

Santé!