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Armance, femme, médecin (et mère) de famille

Heureusement qu'il y a le trajet!

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Lorsque j'étais externe, un médecin généraliste venait tenter de nous donner une idée de sa pratique quotidienne. Il exerçait en milieu rural, et j'étais émerveillée de l'extraordinaire variété de son activité, moi qui enchaînait les stages dans des services hospitaliers super-spécialisés. On se passionnait 3 mois pour le pipi, puis 3 mois pour le coeur, puis 3 mois pour le boyau. Il passait de l'un à l'autre avec une aisance remarquable.

Il en est venu un jour à nous parler de ses gardes de nuit. Là où nous, on nous sonnait en pleine nuit pour au mieux voir un patient, et souvent au pire mettre en route un ECG et recopier un dossier, je l'imaginais se levant, prenant sa voiture et s'enfonçant dans l'épaisse nuit pour aller secourir un patient en détresse. Je trouvais finalement mon sort enviable, même pour pas un rond. Il nous a avoué que, parfois, ça lui arrivait de sortir de ses gonds au moment de se rhabiller (je précise que les gardes n'étaient pas régulées par le 15 à l'époque), et nous disait que, dans ce cas là, le temps de trajet était finalement une bénédiction parce qu'il lui permettait de se calmer.

Maintenant que je suis à peu près dans une situation similaire à la sienne, je pense à lui chaque fois que je prends ma voiture nuitemment.

J'ai reçu un appel l'an passé, en pleine nuit, entre les fêtes de noël et nouvel an.

"- allô, c'est la régulation. J'ai en ligne une dame qui dit que depuis cette nuit, elle a la tête qui tourne chaque fois qu'elle se lève."

Là, pas encore de trajet, donc pas le temps de me calmer, juste celui de regarder mon réveil.

"- dites-lui qu'à 4 heures du matin, elle n'a qu'à rester couchée, comme tout le monde! De toutes façons, je ne vois pas quel miracle je pourrais accomplir avant 8 heures."

30 minutes plus tard, le téléphone sonne de nouveau:

"- c'est encore la régulation, la patiente insiste.".

Je sais qu'il est inutile de jeter mon fiel sur la permanencière qui vient de me rappeler et qui n'y est pour rien, je prends donc la décision de me glisser dans mes vêtements froids, et de me calmer dans ma voiture. Je note l'adresse de la patiente, qui me précise habiter un lotissement, et lui demande d'allumer sa maison pour que je la repère.

J'ai souvent en tête une démonstration que l'immense Goscinny fait donner à son personnage Caius Saugrenus dans "Obélix et Compagnie":

"- Les gens achètent:

A-ce qui est utile.

B-ce qui est confortable.

C-ce qui rend jaloux les voisins".

Cette histoire me revient à l'esprit quand je me retrouve au milieu d'un lotissement à peine terminé, où donc les numéros ne sont pas tous accrochés sur les murs, et où toutes les maisons sans exceptions sont couvertes de guirlandes lumineuses, avec des rènes et des Pères Noëls qui clignottent.

Cette fois-ci, je crois que le trajet n'aura pas suffi...

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