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Armance, femme, médecin (et mère) de famille

Campagne.

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Décembre, c'est le mois des fêtes.

Trève des confiseurs oblige, les journalistes n'ont plus rien de grand à nous raconter, il faut bien meubler.

La nouvelles est donc tombée hier, personne ne l'attendait plus, nous avons tous été surpris au saut du lit en entendant cette information incongrue: la grippe serait de retour, ou plutôt aurait "franchi le seuil épidémique". Au passage, on ne donne aucune explication sur ce que peut bien être un seuil épidémique et sur ce que peut signifier le franchir, mais l'essentiel est là: on est en décembre et la grippe sévit... comme les autres années.

Cette année, je n'ai pas encore entendu d'appel à la consultation, et tant mieux: je préfère me remettre de mes dernières libations au calme, je suis plus heureuse quand je vois vingt patients par jour que quand j'en vois quarante avec une certaine pression pour accomplir des miracles: sauver l'ambiance du réveillon, car c'est bien de celà qu'il s'agit.

Comme régulièrement, on nous amène les enfants au petit matin avec cette plainte: "Docteur, on vous l'amène parce qu'ON n'a pas dormi" (sous-entendu "il a bramé toute la nuit, on est canés, et on voudrait la garantie d'un bon sommeil ce soir"), j'entends souvent ces jours-ci: "Il a une rhino, et on voudrait pas que ça vire en otite/ lui tombe sur les bronches" ("et comme on a de grands projets pour ce soir, s'il pouvait bien dormir et ne pas angoisser la baby-sitter recrutée depuis quatre mois, ça nous arrangerait, on voudrait passer une soirée cool entre adultes"). On me demanderait presque une garantie sur facture. Recentrer la problématique vexe quelques uns...

Comme il faut bien dire quelque chose, les journalistes incitent à se vacciner contre la grippe. Il est temps. Sachant que l'immunogénicité met une quinzaine de jours à s'installer après la vaccination, je crains que cet appel n'engendre un surcroit d'actes inutiles et fastidieux.

Nous ne sommes pas que des nez-qui-coulent-ologues dispenseurs éventuellement d'arrêts de travail, et le reste de notre activité suit son cours. Les personnes âgées dont je fais le suivi ne s'effacent pas au profit des grippés, et le temps à leur consacrer est toujours aussi long. Il n'y a pas de saison non plus pour la prévention. Si j'essaie de grouper les consultations préventives pour les enfants pendant l'été (je groupe le sacro-saint certificat sportif avec une consultation de prévention et les éventuelles vaccinations que je n'hésite pas à décaler que quelques mois) les autres patients sont à prendre en charge toute l'année.

Les dernières convention avaient pour objectif de recentrer le médecin généraliste au coeur du système de santé, d'en faire le pivot du système de soin. A nous les dossiers bien complétés, puisque toutes les informations médicales des patients sont censées échouer sur notre bureau, à nous les démarches de soin réfléchies, raisonnées, la coordination, avec courrier systématique à nos correspondants pour expliquer les problématiques des patients, à nous la gestion exclusive des dossiers d'Affection Longue Durée, que les caisses n'octroient jamais "à vie", même quand il est évident que la pathologie le nécessite. C'est pas grave, on refera un dossier identique dans trois ou cinq ans, puisque c'est notre rôle...

On assure donc tout ça, puisque c'est aussi notre boulot. On le fait dans l'ombre, parce que les patients ne nous voient pas pendant qu'on fait ça. Pour eux, un médecin, ça fait des consultations, éventuellement des visites à domicile, point. Un dossier, un courrier, c'est vite fait à leurs yeux, un coup de fil, c'est vite passé, encore que, mais un plus un plus un plus un plus un, on arrive vite à une bonne heure par jour, souvent plus.

Personnellement, je fais la paperasse de préférence en solitaire (quand je tape un courrier en présence des patients, la plupart ont tendance à me parler pour meubler, ça me déconcentre), bien calée dans mon fauteuil, en prenant le temps de relire mes dossiers, avec un café et même parfois un peu de musique en fond, à une heure où mes correspondants sont éventuellement joignables et actifs, c'est-à-dire de jour. Je prends donc ce temps sur le temps supposé des consultations, aux heures "ouvrables" du cabinet. Même pour ma secrétaire, le pli a été difficile à prendre au début: "vous n'aviez personne, j'ai mis quelqu'un...". J'étais juste au téléphone en train de négocier une consultation ou un examen complémentaire dans un délai utile, mais ça ne se voyait pas.

Ma secrétaire n'est pas là en permanence, et je me dis que certains jours, il me faudrait investir dans un voyant "ON AIR", voire des chevaux de frise: docteur présente sans personne dans son bureau = docteur disponible pour une demande impromptue.

Pour peu que la grippe ou la gastro soient à nos portes...

Pour nous aider un peu dans notre rationalisation des soins, la CPAM lance une campagne: "Les antibiotiques, utilisés à tord, ils deviendront moins forts". Je dois reconnaître qu'il est devenu beaucoup plus facile de ne pas prescrire d'antibiotiques après ces campagnes.

Alors, si les campagnes médiatiques ont un tel impact, pourquoi ne pas prendre le taureau par les cornes et lancer comme thèmes: "Les ordonnances de votre médecin ne sont pas des tickets de remboursement", "une consultation est un acte sérieux qui inclut une démarche", "Un cabinet médical n'est pas un drive-in", "une signature implique une responsabilité, respectez-la"?

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