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Armance, femme, médecin (et mère) de famille

Un médecin, un VRAI!

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Mon cabinet est à exactement douze kilomètres de Petitbled.

Petitbled, c'est un village extra.

Son nom vient directement du dialecte latino-occitano-celtique local et est la combinaison de deux mots: "petit" qui signifie "isolé" et "bled", qui dérive de "blédina, blédinae", nom donné autrefois aux céréale destinées aux âges extrêmes de la vie.

Située en bordure d'une rivière, le site de l'actuel Petitbled a montré des signes d'occupation humaine dès le néolithique, pendant l'antiquité et jusqu'au moyen-âge, où le village se développe grâce à la culture céréalière et l'élevage des bovins.

Dans ce village baigné de soleil, vous trouverez, à l'ombre du clocher de son église commencée à l'époque romane et terminée à l'époque gothique (dont la façade a été reprise ensuite en style néo-classique, soit dit en passant), un patrimoine remarquable: un petit château construit au XVIIième siècle (pas arrondissement) sur les sous-bassements d'un autre dont les fondations semblent remonter au XIIième siècle (pas arrondissement), et qui abrite actuellement les bureaux de la mairie.

Les huit cent quatre vingt habitants de ce village mènent une existence paisible, au calme, à une trentaine de kilomètres de l'agitation urbaine.

Ils profitent de l'animation que procurent les seize associations locales, et leurs enfants fréquentent l'école communale qui assure cantine et garderie de huit heures à dix-huit heures trente les jours de classe.

Petitbled s'enorgueillit de son tissu social préservé, avec son auberge, son épicerie, sa boulangerie, son camping ouvert en été, son spectacle son-et-lumières qui met en valeur le patrimoine local, et son médecin.

Le médecin de Petitbled, enfin, celui que l'on nomme "celui d'avant", faisait lui aussi partie du patrimoine local.

Fils unique, il avait pris la succession de son père, ce qui fait que, pendant de nombreuses années, quand on parlait de l'un ou de l'autre, on disait "le-Docteur-le-père" ou "le-Docteur-le-fils". Ne manquait plus que le Saint Esprit dans cette dynastie.

Le Docteur Celuidavant, appelons-le comme ça, puisque tout le monde le nomme encore comme ça, était donc une figure locale. Les anciens patients en parlent encore avec des trémolos dans dans la voix. Lui, toujours disponible, toujours présent en cas de coup dur, était attentif à ses patients de jour comme de nuit, toute l'année.

Il ne rechignait jamais à se déplacer vers qui l'appelait dans la détresse.

Il avait "un diagnostic sûr", des "traitements efficaces". En cas d'urgence, il agissait, tout de suite, il ne perdait pas de temps à réfléchir, lui, au moins. On se plait encore à conter le jour où il s'était déplacé au chevet d'un enfant qui souffrait d'un crise d'asthme grave. Tout le village s'en souvient: il a pris directement l'enfant dans sa voiture et l'a conduit lui-même aux urgences où on lui a fait des aérosols pour le sauver. Personne n'avait osé penser que ce rapt brutal et théâtral masquait peut-être un accès de panique face à manque d'équipement minimal dans sa trousse d'urgence.

Car on pardonnait aussi au Docteur Celuidavant, comme à tous les médecins, ses petits défauts. On attendait, chez lui, comme chez tous les médecins. Mais on attendait parce qu'il y avait du monde, parce qu'il était réputé, lui. Son père l'était déjà avant.

Et il avait parfois des sauts d'humeur, mais qui n'en aurait pas, travaillant avec acharnement comme il le faisait? C'est ça, les médecins de campagne, ça travaille beaucoup, alors des fois c'est un peu grande gueule.

On savait aussi son penchant pour la bouteille. Les médecin, c'est connu, tout le monde le sait, ça commence en salle de garde. Personne d'autre qu'eux n'y a jamais mis les pieds, mais tout le monde sait ce qui s'y passe, et on dit qu'il s'en passe, des choses.

Et puis, c'était un rituel. On avait appelé le docteur le soir, dans l'affolement, parce que la grand-mère avait mal à la tête et craignait d'avoir "de la tension" et de "faire un avécé dans la nuit". C'était une crainte pour beaucoup depuis que la mère du maire, alors très âgée, s'était retrouvée brutalement hémiplégique. La leçon du Docteur Celuidavant sur les risques de l'hypertension artérielle avait trouvé un auditoire. Le Docteur était venu de nuit pour prendre la tension, pour rassurer, on se sentait alors un peu gêné de l'avoir fait sortir la nuit pour finalement pas grand chose, alors, après tout, c'était aussi un ancien copain de classe:

- Vous prendrez bien un verre de blanc, Docteur? Il est tard, vous n'avez pas encore mangé. Pour vous, c'est l'heure de l'apéro!

- Alors oui, merci, pourquoi pas...

De fil en aiguille, de petit verre compensateur en repas entre notables de campagne, le Docteur Celuidavant a acquis une bonne descente quotidienne. Mais ça ne l'empêchait pas de travailler. Et puis, il était toujours aussi disponible, efficace, rassurant, avec ses deux pieds bien ancrés dans le sol.

Il avait une bonne descente, mais personne ne l'avait vu saoul au travail, personne. Tout au plus, il lui arrivait parfois de commencer très en retard la consultation de l'après-midi, après que des patients sont allés demander à sa femme si elle savait où il était.

Mais on peut lui pardonner, après tout, c'est bien connu, les docteurs sont toujours en retard.

Au crépuscule de sa carrière, juste avant son son divorce, au grand dam du maire, son unique fils n'a pas suivi le même chemin. Ce rejeton un peu voyou sur les bords mais à qui on avait pardonné quelques frasques adolescentes grâce à la disponibilité de son toubib de père, avait choisi une toute autre voie. Il n'avait même pas pris la peine de s'inscrire en faculté pour "faire sa médecine", preuve aux yeux de tous de son oisiveté et de son inconséquence. Il a fait un autre métier, construit sa vie ailleurs, et le Docteur Celuidavant, après des recherches infructueuses pour trouver un successeur, s'est résolu un jour à retirer la plaque qui ornait le mur de son imposante maison, et fermer le portail.

Les patients ont commencé à se répartir vers les cabinets alentours. Les médecins de BledPlusGros venaient justement de se grouper à trois pour pouvoir mieux s'organiser, et embaucher une secrétaire à plein temps ainsi qu'une femme de ménage.

Quelques mois plus tard, une aubaine tomba sur Petitbled.

Une "fille du pays", en fait native de Bledàcôté, mais c'est tout comme si elle était d'ici, venait de se marier et de trouver un travail à Petitbled. Le jeune couple cherchait un petit nid douillet pour convoler, prospérer et procréer. Ils démarraient dans la vie, étaient encore sans un sou, et le jeune marié était justement médecin, encore fraîchement diplômé et plein d'avenir.

Ils furent accueillis à bras ouverts par le maire.

Le jeune médecin prospecta quelque peu avant de se décider à s'installer. Les médecins de Bledplusgros venaient tout juste de se grouper, et leur activité était encore peu soutenue, alors même en partageant les charges, il était risqué d'ajouter un quatrième médecin, car la population n'était pas si nombreuse et n'augmentait pas. Les patients de Petitbled étaient encore prêts à se faire soigner sur place, car il leur fallait faire maintenant dix kilomètres aller pour consulter. Alors le jeune médecin, appelons-le Docteur Lautre, puisque c'est comme ça qu'on l'appelle encore, s'est dit que s'installer à Petitbled était une bonne solution pour lui.

Lui qui commençait dans sa vie professionnelle n'avait encore ni épargne ni bien. Il était en train d'essayer de convaincre une banque de lui prêter de l'argent pour acheter une maison ancienne qu'il voulait rénover lui-même, mais la banque lui demandait des garanties, et comme il n'était pas encore installé et n'avait même pas de local, il ne pouvait pas en fournir.

Le Docteur Celuidavant avait son cabinet dans sa maison cossue, et ne tenait pas à avoir à le rouvrir et voir défiler à nouveau les habitants de Petitbled dans son jardin.

Le maire a remué ciel et terre pour trouver une solution, trop heureux qu'un médecin vienne spontanément se poser dans son village, juste un an avant les échéances électorales.

Il a fini par convaincre un vieil agriculteur retraité de lui louer un ancien garage.

Le Docteur Lautre venait d'un autre univers, il se contentait de peu. Avec les moyens du bord, en quelques après-midis de bricolage, il a aménagé une salle d'attente et un petit bureau. L'ensemble était petit et sombre, il fallait descendre quelques marches périlleuses pour accéder, mais faute de grive, on mange des merles. Le lieu n'avait pas le côté cossu de la maison de l'ancien médecin, mais après tout, ça permettait de démarrer à peu de frais en attendant des jours meilleurs.

Et le démarrage se fit bien.

Les patients étaient au rendez-vous, satisfaits d'avoir "leur" médecin de "leur" village. Plus besoin d'aller à Bledplusgros!

Il était bien, ce médecin tout jeune, tout dynamique, tout simple. Rien à voir avec les austères blouses blanches en consultation et vestes à pieds-de-poule en visite du Docteur Celuidavant. Le Docteur Lautre arborait un éternel pull en laine écrue à motifs torsadés au dessus d'un jean usé, mais toujours propre.

Les patients appréciaient sa convivialité, bien qu'il ne fût pas de la région. Mais ils le trouvaient gentils quand même.

Ils ont été cependant surpris au début par de grands changements.

Outre le changement de local et le nouveau style vestimentaire, ils ont du s'habituer à trouver porte close un jour par semaine, et trouvèrent qu'il devenait de plus en plus difficile de mobiliser le docteur le soir.

Si un petit était fébrile, il n'accourait pas dans l'heure, mais suggérait qu'on lui donne un médicament pour la faire baisser et qu'on le rappelle le lendemain matin.

Si la grand-mère avait mal à la tête et voulait contrôler sa tension, il refusait de le faire le soir même, et demandait de venir le voir le lendemain.

Il était gentil, compétent, mais on lui a vite reproché de ne pas rassurer aussi bien que le Docteur Celuidavant. On s'est mis à le trouver froid et indifférent. Mais on lui pardonnait: il n'était pas d'ici.

Le Docteur Lautre était satisfait de ce démarrage en fanfare.

Il a fini par trouver une vieille bicoque toute usée à refaire, avoir un, puis deux, puis quelques enfants. Ils sont allés grossir les rangs des classes d'école, apportant leur pierre pour justifier les postes d'enseignants de l'école communale.

Les lundis destinés à refaire la maison et s'occuper des enfants se sont rapidement trouvés amputés par les tâches administratives, la comptabilité, le secrétariat. L'épouse du Docteur Lautre, contrairement à celle du Docteur Celuidavant, travaillait ailleurs, et ne pouvait seconder son mari.

Un accord avait été trouvé avec les médecins de BledPlusGros: chacun serait de garde la nuit pour ses patients en semaine, et un tour de garde était institué pour les week-ends.

Le Docteur Lautre fut satisfait au début de son activité de constater qu'il ne serait bloqué chez lui qu'un week-end sur quatre, mais il découvrit à la pratique, avec les réguliers appels tardifs en soirée, qu'il ne pouvait dormir sur ses deux oreilles sans mettre le téléphone sur la table de nuit que trois week-ends par mois.

Entre journées à rallonge, lundis de paperasserie, les appels vespéraux après le coucher des enfants au plus creux de la vie intime du couple, le Docteur Lautre commença à se détacher de ses idéaux dans un premier temps, puis de ses projets, et enfin de sa femme et de ses enfants.

Le couple battit de l'aile, et au bout de cinq ans, sa femme loua une autre maison et s'y installa avec les enfants.

Amer, le Docteur Lautre continua de travailler, sans passion, se demandant souvent ce qu'il faisait seul dans ce trou paumé avec ces gens qui lui paraissaient de plus en plus sollicitants.

Un mardi matin, le maire eut la surprise de trouver sur les escaliers de la mairie un amoncellement de cartons qui contenaient les dossiers médicaux des patients. Il se rendit à l'ancien garage, et trouva porte close, plaque dévissée, sans autre forme de procès.

La surprise fut totale pour tous les habitants: personne n'avait vu arriver le désastre. Ce Docteur, si gentil, si proche des gens... Bon, ok, il était pas d'ici, il était peut-être fragile, ou peut-être qu'il ne s'est pas plu parce c'était pas sa région.

La mairie réunit tous ses efforts pour en attirer un autre dans son ravissant petit village.

Il faut dire que les échéances électorales commençaient à s'approcher de nouveau, et le maire qui avait réussi à faire venir un docteur ne tenait pas à être celui qui l'avait laissé partir.

Ils eurent quelques touches, mais le garage en demi-sous-sol, même repeint, semblait freiner les prétendants.

La mairie se décida à libérer un local plus engageant et y faire quelques aménagements pour rendre l'affaire plus alléchante.

Un jeune médecin pointa enfin le bout de son nez.

Remplaçant, déjà expérimenté, déjà papa, désireux de se poser enfin, il fit vite affaire. La mairie lui louait le local qu'il n'avait plus qu'à aménager. Il y rangea les cartons de dossiers, ouvrit tout grand sa porte, et l'aventure recommença.

Ils avaient décidé avec son épouse, une fois presque posés, de "faire construire": une maison pour leur famille, il ne leur manquait plus que ça pour atteindre le bonheur tel qu'il l'avaient rêvé.

Celui-là, appelons-le Docteur Ledernier, était encore d'un autre style. Point de blouse, point de col roulé, mais des chemises fraîches toujours impeccablement repassées sur un pantalon à pinces sombre, une jolie montre, une veste chic... Le Docteur Ledernier aimait un peu plus le clinquant. Il s'offrit une voiture un peu voyante, dont il rêvait depuis si longtemps, lui qui avait passé son enfance dans un immeuble de banlieue pas très chic de grande ville, et qui avait réussi à atteindre ce métier, à la fierté inépuisable de ses parents.

Les patients en étaient contents, de ce Docteur Ledernier. Ils étaient un peu marris du départ du Docteur Lautre, et semblaient hésiter à s'attacher au nouveau. Il faut dire aussi que le Docteur Ledernier était bien du coin, mais il portait le nom de son grand père venu dans les années d'après-guerre d'un pays lointain pour aider à la reconstruction nationale. Alors, à Petitbled, on ne savait pas trop s'il était d'ici ou pas. D'ailleurs, on jasait parce qu'on ne le voyait pas à la messe, peut-être mangeait-il à un autre râtelier.

On jasait, mais on oubliait que ni le Docteur Lautre ni le Docteur Celuidavant n'y avaient jamais mis les pieds non plus.

Le Docteur Ledernier se mit au travail avec enthousiasme.

Les patients vinrent le tester, puis l'approuver, comme ils avaient fait avec le Docteur Lautre.

Le Docteur Ledernier avait besoin de travailler, il voulait y arriver, faire prospérer son cabinet, faire construire la nouvelle maison, il espérait pouvoir y ajouter une piscine. Pour cela, il fallait en faire, des consultations, et il n'avait pas peur d'en faire, de jour, et pourquoi pas de nuit: sa femme pouvait assurer la garde des enfants pendant ce temps là quoiqu'il arrive.

Il se dit qu'après tout, il pouvait ouvrir tous les jours, même le lundi si son épouse assurait la gestion du domestique.

Les patients étaient ravis. Enfin ils ne se sentaient plus dans l'angoisse à partir du samedi après-midi, quand le cabinet fermait, en se disant que s'il advenait quelque chose dans les deux jours suivants, il faudrait soit appeler le médecin de garde, soit aller à Bledplusgros et avoir recours à un inconnu. Maintenant, le tunnel se résumait au dimanche.

Le Docteur Ledernier ouvrit son cabinet six jours par semaine, et son affaire fonctionna bien.

Les journées s'allongèrent.

Son épouse avait trouvé un travail après la naissance de son troisième enfant, et ils jonglaient l'un et l'autre avec leurs horaires et ceux de l'assistante maternelle pour arriver à coucher tout le monde dans le bon lit le soir. Elle faisait chaque jour le trajet jusqu'à la proche ville. Elle y mangeait le midi avec ses collègues, l'occasion pour elle de reprendre un peu de vie urbaine. La campagne, c'est bucolique, mais c'est calme, et parfois vraiment calme.

Le Docteur Ledernier s'est mis à envisager un moyen de faire évoluer son travail.

Embaucher une secrétaire? Seul, il n'avait pas les reins assez solide.

S'associer? Petitbled n'était pas assez grand pour permettre à deux médecins d'en vivre, même en partageant les charges. Certes, Bledplusgros s'agrandissait depuis quelques années, mais le cabinet de groupe venait de se doter d'un quatrième médecin.

Il décida de maintenir le rythme en attendant que les enfants grandissent. Il verrait plus tard.

Entre l'absence de son mari et les attraits de la vie urbaine, son épouse finit par déserter les lieux en emportant les enfants sous le bras, pour se rendre dans un environnement où les distances à parcourir pour une mère de famille sont plus courtes, et en compagnie d'un homme plus présent.

Le Docteur Ledernier, submergé par la douleur, ne sachant plus inverser le cours des choses continua dans la voie du travail.

Un beau matin, les patients trouvèrent le cabinet fermé, la plaque dévissée, la maison vide.

Son départ ne fut annoncé officiellement qu'une semaine plus tard, quand sa femme appela le maire pour le lui dire.

La chasse au nouveau docteur recommença, à coup d'articles dans la presse locale pour faire part de la raréfaction des cabinets ruraux, de reportages larmoyants diffusés aux heures de grande écoute à la télévision, dont les habitants parlent avec fierté:

- Vous avez vu? C'est même passé au journal!

Mais même avec tout ça, toujours pas de nouveau médecin à se mettre sous la dent.

Les membres du conseil municipal ne manquent pas de caser l'annonce lorsqu'ils viennent consulter pour eux:

- Vous qui êtes de la partie, vous ne connaîtriez pas un médecin qui voudrait venir s'installer chez nous?

Et lorsque je questionne sur le contexte dans lequel les deux derniers sont partis, j'essuie immanquablement cette réponse:

- Non, mais là, on veut un médecin, UN VRAI!

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trafic organique 12/11/2014 19:33

On en veut plus avec autant d\'humour. Merci.

lougate 23/01/2015 23:23

Tout ceci est tellement vrai ! Je suis reconfortê de trouver écho á toutes mes analyses sur notre beau métier. MG installé depuis 7 ans dans une petite ville, pourtant bien située, 2 à 3 departs à la retraite non remplacés par an . Permanente equation á 5 inconnues : nouveaux patients chaque jour - maintien temps de cs° descent - disponibilité globale - delai de cs° adapté au motif - retard < 1 heure.
Continuez votre blog, ca nous fait du bien !

Emdy 07/11/2014 16:42

Tellement vrai ...

epistome 06/11/2014 21:11

Armance,êtes-vous enseignante généraliste, maître de stage? En tout cas vôtre blog est un merveilleux outil d'enseignement ...que j'utilise sans copyright!

armance 06/11/2014 22:16

Je me jette dans le bain de l'enseignement aux internes en mai prochain, on sans appréhension, mais je crois que quand on se dit plusieurs fois par semaine qu'on regrette de ne pas avoir un étudiant avec soi pour lui montrer ou lui expliquer une situation, il faut se jeter à l'eau.
J'avoue avoir rédigé plusieurs billets dans ce sens.
Utilisez, ça ne peut que me faire plaisir.

Merlin 06/11/2014 08:32

Des fois aussi les patients s'inquiètent pour leur médecin. Vivant en ville, j'ai fait pas moins de 5 médecins généralistes, avant d'en trouver un sérieux (j'ai une pathologie pas facile à gérer). Deux semaines de vacances par an, le samedi après-midi de pause et le dimanche médecin kiné à son club de sport. Il a de la bouteille, des enfants adultes et sa femme est sa secrétaire. Des horaires de fous 7h30/22h30 en moyenne tous les jours.
Oui ce n'est pas facile d'avoir un rendez-vous rapidement quand on est malade d'une gastro ou d'une grippe, ou on nous propose un passage du médecin à 22h chez soi. Bon il ne prend plus de nouveaux patients, mais avec ceux qu'il a, il a déjà du travail à n'en plus finir.
Et moi égoïstement j'aimerai qu'il en fasse moins pour se préserver et tenir plus longtemps.

armance 06/11/2014 22:12

Outre la charge de travail, vous soulevez des questions très intéressantes.
Pour un patient atteint d'une maladie chronique, le médecin traitant a un rôle fondamental de prise en charge et de coordination des soins. C'est d'ailleurs une des missions que notre ministère semble attendre de nous: le médecin généraliste, "pivot" du système de santé...
Pour un patient en bonne santé, il devient difficile d'avoir un rendez-vous "rapidement" en cas de pathologie bénigne. Je mets le rapidement entre guillemets, car sa valeur est très subjective: elle va de "tout de suite là maintenant" à "demain matin à la rigueur". Vous citez l'exemple du médecin qui consulte à 22h pour une gastro. D'un point de vue médical, est-ce vraiment utile? Le patient ressortira-t-il ensuite à la pharmacie de garde chercher des médicaments? Dans l'immense majorité des cas, non, mais ils auront eu leur consultation.
Dans ce contexte, la rémunération à l'acte à tarif unique n'a aucun sens.
Je vous donne un exemple que je tire des consultations d'aujourd'hui:
Mme. X demande une consultation le jour même car elle a le nez qui coule depuis 2 jours sans fièvre. Interrogatoire, examen, explications, décision, ordonnance, paiement, douze minutes chrono, pas trop de neurones ni d'affects mobilisés pour moi ni pour elle, une décision qui n'apportera pas grand chose de nouveau dans la vie de Mme X.
Mme Y demande une consultation les jour même à cause de deux effets secondaires de la chimiothérapie qu'elle a reçue il y a une semaine. Interrogatoire précis, recherche pharmacologique, examen clinique, synthèse, explications, coup de fil à l'oncologue, reformulation et discussion de la conduite à tenir, rédaction de l'ordonnance, explication de la surveillance, écoute et soutien psychologique, paiement, cinquante minutes, que je trouve plus passionnantes, plus crevantes et beaucoup plus utiles que pour Mme. X.
Dans notre système, la valeur accordée à ces actes est la même. Mme X trouve tout aussi légitime que Mme Y d'être reçue le jour même, et l'acte est rémunéré à l'identique.
Il nous devient compliqué de privilégier la prise en charge des soins des patients atteints de pathologie chronique, et beaucoup plus confortable de se contenter de soigner des pathologies bénignes qui ne le nécessitent pas toujours.

docteurdu16 04/11/2014 09:00

Beau billet.
Mais il y a un hic.
Si médecin généraliste avait été remplacé par petit épicier de village, le résultat aurait été le même.
Et donc les consommateurs prennent leur voiture pour aller chez Leclerc (qui n'est pas ouvert tous les jours) mais ne la prennent pas pour se faire "traiter" un rhume.
Nous sommes dans l'ère de la consommation et nous sommes depuis longtemps dans l'ère du droit à la santé inaliénable.
Pas de solution sinon une prise de conscience par la population du fait que la santé a un prix et qu'elle exige aussi des efforts.
Le médecin généraliste des champs est mort. Définitivement.

mia 02/11/2014 20:40

très joli papier... la vie qui passe... les histoires dont on connait la fin mais qu'on vit quand même..

Delferrière 02/11/2014 23:23

Je suis particulièrement concerné et intéressé par ce problème. Si vous êtes au RSA (et encore) vous obtenez à peu près toutes aides. Si vous êtes au minimum du salaire minimum légal, même à temps partiel, que nenni. Je vois des clients aux dentitions rafistolées tant bien que mal, aux lunettes abîmées, en particulier. Mais aussi des personnes qui ne se font plus soigner, ou demande au pharmacien le minimum d'une ordonnance dont la plupart de produits sont à 15 % ou en dessous....C'est terrible.....Et 30 kilomètres pour aller voir un spécialiste en hôpital universitaire...C'est non remboursé....sauf en ald ou invalidité (et pas trop souvent en ce cas). Une misère....une détresse.....Et quand les psy deviendraient alors nécessaires pour aider à passer le cap, la encore impossible d'en obtenir un ou de le payer...Courage Armance. Vous faites un beau métier. Et vous sauvez des vies. Vous êtes utile. Vous êtes utiles, tous. Vous êtes aussi le dernier rempart avant de perdre pied. Amitiés, nono

armance 02/11/2014 23:06

Oui, c'est un vrai problème.
Il existe un effet de seuil pour les patients dont les revenus dépassent juste les plafond d'attribution de la CMU.
Certains droits, comme l'aide à l'acquisition d'une mutuelle ou le tiers-payant social, sont trop peu connus des usagers et sous-utilisés.

Delferrière 02/11/2014 22:31

La je suis d'accord. Et en même temps on assiste à une recrudescence de non soins car moins de moyens pour les payer. Même une visite à 23 euros peut être difficile.

jacques 02/11/2014 03:58

J adore

armance 02/11/2014 22:02

Dans mon cabinet, le plus gros poste de dépense est le salaire et les charges du salaire de la secrétaire, qui représente à lui seul la moitié du budget.
Les honoraires n'ont pas évolué depuis cinq ans, en revanche les charges sur salaire oui.
Seuls les cabinets de groupe peuvent maintenant s'offrir les services d'une secrétaire présente.

Delferrière 02/11/2014 21:57

ah ah Ah très drôle. Mais si la plupart des secrétaires médicales ont été supprimées dans les cabinets ces 20 dernières années.

Avant j'allais chez un dentiste il y avait toujours une assistante secrétaire...Aujourd'hui...

Aujourd'hui les médecins utilisent pour leurs rendez vous des secrétariats à distance...Impossible de joindre le médecin maintenant....

Et pourtant il y a toujours les formations.....

armance 02/11/2014 21:52

Les secrétaires n'ont pas disparu, ce sont les femmes-de-médecin-conjoint-collaborateur qui se font rares.

Delferrière 02/11/2014 21:48

Oui, sans doute. Mais si les paramètres ont changé c'est dans toutes les couches de la société. Dans l'autre sens un patient a du mal à admettre ne pouvoir trouver un médecin aisément, et un médecin à l'écoute. C'est pourtant de plus en plus le cas...

Pour les revenus j'ai appris qu'en Amérique certains médecins s'assuraient un revenu décent en ayant des patients "abonnés" avec en contrepartie une disponibilité immédiate.

Pour la famille....

Pour le téléphone et internet.....la disparition des secrétaires médicales est sans doute (et c'est valable ailleurs) la vraie problématique non?

Le relationnel avec les patients.....vaste sujet. Intéressant d'ailleurs. Les patients ne sont ils pas aussi obligés d'avoir un relationnel différent avec les soignants?

Amitiés, bruno

Delferrière 01/11/2014 23:50

Mignonnement décrit, mais alarmant.

Que faudrait il pour à la fois stabiliser le médecin, et calmer les patients en les rassurant?

Cordialement.

armance 02/11/2014 21:30

Moins de paperasses, moins de téléphone, pas de réseau Internet, un relationnel très différent avec les patients, des revenus peut-être plus confortables, et une configuration familiale souvent différente.
Les paramètres sont innombrables.

Delferrière 02/11/2014 21:23

Bref, les patients trinquent, mes médecins pâtissent, et la santé va mal.( il n'y a qu'à voir la prison ....je blague).

Mais comment faisaient les médecins d'antan en ce cas? (moins de paperasses peut être?)

armance 02/11/2014 21:14

Les faits sont là, et comme tous, je n'ai pas de solution toute prête.
Les missions des médecins, les enjeux de santé publique, les enjeux financiers ne sont pas forcément les attentes des patients.
les médecins se trouvent aux prises avec toutes ces contraintes auxquelles s'ajoute leur vie personnelle.
La démographie médicale ne saurait se réduire à des punaises que l'on fixe sur une carte.

Milin 01/11/2014 09:43

Entendre au delà des idées toutes faites

Béatrice 31/10/2014 08:24

Y a pas qu'à Petitbled que ça se passe comme ça. Hier, dans un cabinet du centre d'une grande ville, le médecin qui me vaccinait m'a " raconté " le blog d'Armance. J'ai cru qu'il allait craquer là, à son bureau.

armance 01/11/2014 22:14

Il semble effectivement que les zones les moins dotées en médecins par rapport à leur population soient urbaines, mais c'est moins bucolique au journal de 13 heures.

Brigitte 31/10/2014 07:14

:/
On VEUT un médecin, un vrai...
Pauvres Drs Lautre et Ledernier.

docteur Vincent 30/10/2014 16:44

Et cette histoire est multipliée dans beaucoup de bleds de France.

Que faudrait-il pour qu'on retrouve le goût d'exercer sans burn-out? En plus qu'on veut nous fourguer les consultations d'embauche afin d'économiser sur les médecins du travail... aucun avenir pour nous en l'état

armance 01/11/2014 22:13

Le goût d'exercer sans burn-out, on l'a, c'est la possibilité qui est plus difficile à cerner.

DD 30/10/2014 14:25

"le site de l'actuel Petitbled a montré des signes d'occupation humaine dès le néolithique"
En fait, on est toujours au néolithique...

Sinon, quelle belle tranche de vie multigénérationnelle...

armance 01/11/2014 22:12

Je n'ai fait que recopier en partie la présentation de la page oueb de la commune...

Radéchan 30/10/2014 11:49

Bravo.

armance 01/11/2014 22:11

Merci.