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Armance, femme, médecin (et mère) de famille

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- Ah Docteur! J'ai pris rendez-vous avec vous, en fait, c'est pas pour moi, c'est pour ma mère. Elle ne peut pas venir, elle est encore hospitalisée.

- Ah, mais c'est pas...

- C'est gentil à vous d'accepter de la suivre, tous les médecins ne prennent pas de nouveaux patients, pas les temps qui courent, avec la pénurie comme ils ont dit au journal.

- Oh vous savez, la pénurie...

- Par exemple, son ancien médecin traitant, il veut plus la suivre. Avant, on y allait toutes les semaines chez lui, c'est moi qui l'amenait, ma mère, il fallait aller au centre-ville à chaque fois. Mais là, à l'hôpital, ils m'ont dit qu'elle avait besoin qu'on vienne à la maison, et son ancien médecin a dit que maintenant, ça faisait trop loin pour lui, alors on a choisi plus près, et comme elle habite pas loin de votre cabinet.

- C'est sûr que...

- On a été chez le médecin qui avait le cabinet avec les infirmières. Parce que, les infirmières, elles passent chez elle deux fois par jour: le matin pour la toilette et la piqure du diabète, le soir pour l'autre piqure et la coucher. Elles lui font les médicaments, aussi. Alors on s'est dit que c'était plus facile de voir le médecin qui est avec les infirmières, mais il nous a dit comme ça qu'il ne prenait plus de nouveau patient, qu'il avait plus de place. On n'a même pas eu le temps de lui expliquer, on a demandé pour Maman, et il a dit comme ça "de toutes façons, je ne prends plus de nouveau patient".

- Ah bon? mais...

- Alors on est venus chez vous, parce que la voisine nous a dit que vous alliez chez sa tante, vous savez, la Dame qui habite en haut de la côte à gauche la troisième maison, c'est une maison ancienne avec des arbres. Mais si, c'est vous qui y allez, elle est malade du coeur, vous ne voyez pas? Elle m'a dit que c'était vous, vous vous en souvenez, quand même, c'est bien vous? Vous lui avez arrêté les médicaments pour le mal de ventre, et elle n'a plus la diarrhée depuis!

- Euh... C'est que...

- Alors on a demandé à la secrétaire si vous preniez des nouveaux patients, on s'est dit que comme la tante de la voisine était décédée, ça ne ferait pas trop de problème, ça vous en faisait une patiente de moins, une place en plus. La secrétaire s'est même étonnée de la question, elle a dit que comme vous étiez maintenant trois, c'était possible. C'est vrai qu'à trois, c'est plus facile, notre ancien médecin, c'était une femme aussi, mais elle travaillait seule, et elle était toujours prise.

- Oui, il faut dire que...

- Bon alors comme vous êtes d'accord, je vous ai amené le dossier de Maman. Je vous ai TOUT amené, comme ça, vous pouvez le lire en détail et le ranger après. Parce que, il y en a, des choses, c'est qu'elle a été malade, Maman. Vous avez vu l'épaisseur? Et encore, j'ai pas les radios. Vous les voulez peut-être, les radios, non? Son ancien médecin, il les gardait pas, mais on a tout mis dans une grande poche, vous savez, celles qu'on achète dans les supermarchés pour les courses. On peut en mettre là-dedans, et ben on y a tout mis. Mais je sais pas si elles sont dans l'ordre, il faudra peut-être vérifier. Enfin, si vous les voulez, je peux vous les amener, même cet après-midi, si vous voulez. mais bon, le médecin de l'hôpital nous a dit qu'elle ne sortirait pas avant trois semaines.

- Ah, ben ça nous laisse le temps de...

- Mais vous savez, je m'y prends à l'avance parce que j'ai eu du mal à trouver un toubi qui accepte de la suivre. Vous, vous avez pas l'air de trouver, mais c'est pas facile d'en trouver un qui vienne à domicile. Les médecins, ils ne se déplacent plus, c'est fini, ça! Ma soeur, son petit était malade l'autre jour, un dimanche, et ben le médecin de garde, il a bien voulu le voir, mais A SON CABINET! Alors elle a été à son cabinet et il a vu le petit.

- N'exagérons rien...

- La psychiatre a dit que c'était TRES IMPORTANT qu'on prépare sa sortie. Elle va revenir chez elle, et il faut qu'on puisse bien la suivre. Ah oui, je ne vous ai pas dit, elle est hospitalisée en psychiatrie. Ca vous fait pas peur, au moins?

- Ben non, je ne vois pas où...

- De toutes façons, les généraliste, vous faites de tout, enfin, vous devez savoir faire un peu tout. Mais ne vous inquiétez pas, des psychiatres, ça fait un moment qu'elle en voit, ma mère. Elle a toujours été suivie. Cette fois-ci, c'est moi qui l'ai faite hospitaliser.

- C'était une hospitalisation à la demande d'un...

- Oui, c'est moi qui ai signé les papiers pour la faire hospitaliser. Il faut dire que là, elle avait un peu poussé le bouchon. Avec les infirmières, on n'y arrivait plus. Ca a toujours été compliqué, avec ma mère, on était en conflit, elle ne voulait plus me voir, quand même, je suis sa fille, ça ne se fait pas. Elle sortait plus, elle voyait plus personne, elle acceptait même plus d'ouvrir aux infirmières, c'est à ce moment-là qu'on a fini par la faire hospitaliser. Mais là, elle va mieux, puisqu'on parle de la laisser sortir.

- Et on vous a dit si...

- Alors pour venir à la maison, j'ai donné l'adresse à votre secrétaire, vous verrez, c'est facile à trouver. En arrivant, il faut passer par le portillon, vous sonnez, vous attendez un peu, parce que ma mère, elle met du temps à ouvrir. Avec l'oxygène, elle a ce tuyau qui traine par terre tout le temps, elle est essoufflée, elle met du temps à bouger. Vous vérifiez que le chien ne soit pas devant la maison. Normalement, il est derrière, c'est pour ça qu'il ne faut surtout pas ouvrir le portail derrière. Retenez bien: toujours le portillon. Elle y tient, à ce chien.

- Mais pour la première visite, vous pourrez...

- Nan parce que ce chien, elle y tient. Ca a été toute une histoire pour arriver à le garder, elle est quand même hospitalisée depuis deux mois, et c'était pas gagné de pouvoir le garder ce chien, on a bataillé!

- Bon mais sinon...

- Elle l'adore. Vous savez ce que c'est, les personnes âgées avec leurs bêtes. Et puis, elle se sent en sécurité avec lui. C'est un rottweiler, c'est pas gros, mais c'est impressionnant. Il est bien élevé, il fait tout ce qu'elle lui dit, et il la garde bien, hein, ça, elle est bien gardée, on va pas nous la voler!

- Sinon, pour les...

-Là, on a failli le perdre. Ca a été toute une histoire quand elle a été hospitalisée, comme elle voulait pas y aller, les pompiers sont venus, ils ont eu du mal à l'attraper, moi je vous le dis. Le chien, ils ont eu du mal! Et ils voulaient l'amener chez le vétérinaire, nous on voulait pas, on avait trop peur qu'il le pique. On n'a pas voulu qu'il aille chez le véto, ah ça non!

- Mais pourquoi...

- On est trop contents que vous preniez Maman, Docteur, vraiment merci! On avait peur de pas trouver de docteur. Déjà les infirmières, on a eu du mal à les garder, il a fallu négocier longtemps, elles ne voulaient plus venir, mais elles ont fini par dire que, après tout, leur collègue qui était là le jour où on a fait hospitaliser Maman était partie.

- Mais comment ça se fait que...

- Bon, il faut dire que Maman a exagéré cette fois-là: elle a lâché le chien sur l'infirmière.

- Ah!

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wain" 17/08/2014 08:04

oups...

docmam 10/08/2014 09:32

Il paraît qu'on ne laisse pas assez parler les gens, en consultation...

docmam 11/08/2014 11:31

oui ! C'était pour dire que des fois, c'est nous qui n'arrivons pas à en placer une !

armance 10/08/2014 13:27

On n'a pas toujours le choix, mais quand on le fait, on peut obtenir des informations utiles...

bluerhap 06/08/2014 09:29

MDR ! Euh ... Bon courage, hein ;-) !

@DrLaeti 05/08/2014 23:55

Je suis toute essoufflée!
Bien joué!