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Armance, femme, médecin (et mère) de famille

La conjonction des planètes.

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Dans un jardin, un chien vaque à ses occupations.

Il se lève, se promène, mange un peu, puis part sommeiller sous un arbre.

Six jours par semaine se déroule le même manège.

Une voiture jaune arrive.

Maintenant, le chien la sent et l'entend venir de loin. Elle s'approche, ralentit, comme si elle voulait s'arrêter vers lui.

Et elle s'arrête.

Le chien est intrigué par cet intrus qui s'approche dangereusement de la cour qu'il arpente tout au long de la journée, d'autant qu'il ne connait pas.

Il s'inquiète vraiment quand il voit un homme s'extraire de la voiture, et marcher vers le portail.

Il se sent vulnérable, alors il commence à aboyer.

Plus l'homme en uniforme bleu s'approche du portail, plus le chien se sent en danger, et plus il aboie.

L'homme s'arrête devant la boîte aux lettre, y glisse quelques plis, puis se retourne et repart vers son véhicule.

Satisfait de voir que ses aboiements portent leurs fruits, persuadé que c'est grâce à eux qu'il fait partir l'homme en uniforme bleu, le chien persiste, jusqu'au départ de la voiture jaune vers d'autres horizons.

Et presque tous les matins, le manège se répète. La voiture jaune arrive. L'homme en uniforme bleu en descend. Le chien aboie. L'homme se retourne et fait demi-tour. Il remonte dans la voiture. Le chien suit en aboyant la voiture jusqu'à la disparition de son espace.

Jusqu'au jour où l'homme en uniforme bleu a besoin d'entrer dans la maison pour faire signer un papier. Il arrive devant la grille, le chien aboie comme tous les jours. L'homme entre, et le chien est terrorisé, parce qu'il ne comprend pas pourquoi aujourd'hui son aboiement ne suffit plus à faire partir l'intrus. Assurément, pour lui, la situation est devenue brutalement grave, il doit réagir immédiatement à se danger, et passer le cran au-dessus sans sommation: il sort les crocs et mord le mollet de l'homme en uniforme bleu, qui s'enfuit immédiatement dans sa voiture jaune, non sans émettre quelques retentissants jurons.

Le chien est rassuré: l'homme part.

Depuis ce jour, lorsqu'une personne inconnue doit venir, les enfants du couple très âgé qui habite dans la maison attachent le chien.

Le chien voit des gens aller et venir, entrer dans la maison et ressortir avec l'odeur de ses maîtres, et finit par trouver cette situation habituelle. Il n'aboie même plus, parce qu'il sait que ces gens vont finir par sortir de la maison et partir d'eux-mêmes.

Et un jour, la femme très âgée qui habite la maison ne se sent pas bien. Elle a eu beaucoup de difficultés à se lever le matin. Elle se sent faible. Son mari est inquiet, alors il appelle son médecin.

Leur médecin traitant n'est pas là, c'est son jour de repos. C'est son associée qui répond. Elle les connait un peu. Elle est déjà venu ponctuellement chez eux en dépannage. Elle promet qu'elle viendra dans la journée, peut-être en fin de matinée ou en début d'après-midi, car les enfants rentrent du travail en milieu d'après-midi, et ils pourront ainsi éventuellement aller à la pharmacie si cela s'avère nécessaire.

Elle vient finalement en tout début d'après-midi. Les enfants ne sont pas encore rentrés.

Le chien est étendu devant la porte d'entrée, et regarde arriver cette voiture d'où descend une femme avec une sacoche à la main.

Il l'a déjà vue entrer dans la maison, sortir en compagnie de ses habitants, et partir sans qu'il n'ait besoin d'aboyer.

La femme arrive avec sa sacoche, d'un pas très décidé: elle n'a visiblement pas de temps à perdre. Elle s'approche à grands pas, filant droit du portail à la porte d'entrée, sans hésitation aucune. Elle étend le bras au dessus du chien, actionne la sonnette, et continue le mouvement en avant vers la porte, en enjambant le chien.

Effrayé de voir cette personne se jeter visiblement sur lui, le chien jette les crocs et attrape un mollet.

Surprise par une douleur aussi vive qu'inattendue, submergée par un fort sentiment de vulnérabilité renforcé par la contrariété d'être venue faire une visite urgente dans un coin éloigné chez des patients pas bien connus alors que l'emploi du temps est très serré et qu'en plus il pleut, la femme continue dans sa lancée. Elle a été piquée au vif par cette agression, et ne veut pas reculer devant le chien, craignant de lui prouver ainsi l'efficacité de son attitude.

Elle s'engouffre dans la maison, et laisse exploser sa rage, juste au moment où elle tombe nez à nez avec les deux occupants qui l'attendaient impatiemment dans l'entrée:

- Pute borgne! Con de chien!

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Dragon d'eau 29/04/2014 22:13

Désolée doc... Mais enjamber un chien inconnu, c'est réellement une grosse erreur. Encore faut-il le savoir... Désolée pour la morsure, mais j'ai quand même souri.

armance 29/04/2014 22:25

Maintenant que j'ai fait l'erreur, je le sais...