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Armance, femme, médecin (et mère) de famille

Un test de grossesse, un kilo de sucre et un litre d'huile.

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- Docteur, je voudrais me faire marquer un test de grossesse.

Cette phrase revient régulièrement.

La première partie de la phrase me hérisse le poil: "je voudrais me faire marquer". Je prescrirai si je veux.

Les mauvaises langues disent que les femmes qui viennent en consultation pour se faire faire une ordonnance pour faire une prise de sang le font pour des raisons financières: elles veulent que tout soit remboursé. Sur le principe, ça donne envie de fermer sa porte, ou de donner de la voix. Pourtant, si on y réfléchit, additionner les franchises et faire le trajet jusqu'au cabinet, parfois en prenant rendez-vous n'est au bout du compte pas très rentable du strict point de vue financier.

Je prends toujours le temps de parler avec les femmes qui me font cette demande, et pourtant je ne leur délivre l'ordonnance pratiquement jamais.

Au-delà de demander un simple bout de papier pour obtenir un remboursement, elles formulent cette question:

- Suis-je enceinte?

La réponse à cette question est pourtant très facile à trouver sans mon aide. La combinaison d'un retard de règle, un arrêt ou un oubli de contraceptif, une tension mammaire, une fatigue ou des nausées, ces petits éléments permettent à eux seuls de l'affirmer la plupart du temps. Les femmes n'ont pas attendu l'avènement des examens de biologie sanguine pour repérer leur grossesse à son début.

Certaines n'ont pas de signe de grossesse, aucun retard de règle, mais évoquent une angoisse liée à la crainte d'un échec de contraception. Dans ce cas, ils faut repenser depuis le début leur option contraceptive. La réponse à la question n'est pas uniquement dans l'ordonnance demandée, et l'ordonnance n'apportera qu'une petite partie de la réponse.

Lorsque je demande leur avis aux femmes qui posent cette question, elles m'amènent la plupart du temps les arguments qui affirment le fait qu'elles attendent un enfant, mais elles doutent d'elles mêmes, ou ne se sentent pas encore enceinte. Seul le temps leur permettra de se faire à cette idée, et de répondre petit à petit à toutes les questions qui viennent s'entrechoquer les premières nuits: "comment il va être?", "où est-ce qu'on va le mettre?", "qu'est-ce qu'on va en faire?". L'ordonnance de prise de sang ne leur permettra pas de répondre à ces questions.

Je tends toujours une perche:

- Est-ce une bonne nouvelle?

Dans quel contexte arrive cet enfant? Et surtout, la mère désire-t-elle poursuivre sa grossesse ou est-elle en train de m'expliquer que ce n'est pas possible pour elle?

Notre système de santé est compliqué. Les circuits peuvent être remarquablement tortueux, et parfois tourner en boucle.

Les questions qui entourent le suivi de la grossesse sont nombreuses: "public ou privé?", "sage-femme ou gynécologue?".

L'interruption de grossesse est un droit, et il se doit de permettre à celles qui en ont besoin de le faire valoir dans de bonnes conditions. Il nous appartient donc d'orienter correctement et dans des délais utiles les femmes qui désirent y avoir accès:"où?", "quand?", "qui?", "comment?".

Toutes ces questions se cachent souvent derrière un petit test de grossesse, et les professionnels de santé, médecins, pharmaciens, sage-femmes, sont là pour y répondre.

Le mettre dans les supermarchés entre le dentifrice et le shampooing au motif de faire baisser les prix, c'est aussi priver les femmes de la possibilité de prendre le temps de cet accompagnement.

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Lut 25/01/2014 23:38

Alors que celà ne m'était encore jamais arrivé à la lecture de ce blog, la consulatation de cet article il y a deux jours m'a mise un peu en rogne. J'y vois un côté paternaliste qui me dérange beaucoup mais peut-être est-ce un problème d'interprétation de ma part, l'écit est propice à ce genre de mécompréhension...

"La première partie de la phrase me hérisse le poil: "je voudrais me faire marquer". Je prescrirai si je veux.."
Je ne comprends pas très bien l'exaspération face à cette demande. Docteurdu16 l'a exprimé bien mieux que moi.Il me semble que cette demande est beaucoup moins abusive que celle que vous décrivez dans le billet suivant, par exemple.
Oui, parfois cette demande est motivée par des raisons financières, mais pas seulement : un certain nombre de femmes craignent encore que les test urinaires ne soient pas assez fiables, de plus la datation de la grossesse peut être une information intéressante...
La formulation de la question me semble plus révéler de la maladresse qu'autre chose, elle révèle une certaine ignorance, plutôt que la volonté de "commander" au médecin.

Pour le reste, mes pensées rejoignent parfaitement celles de docteurdu16.

J'ajouterai simplement que j'ai également vécu dans plusieurs pays où les tests de grossesse sont en vente libre dans les supermarchés. Là-bas, leur prix est très bas, pas de demandes de prises de sang au médecin "pour se faire rembourser" donc. A mon sens, cela n'altère en rien la qualité de la prise en charge : il est terriblement illusoire de s'imaginer que la délivrance du test de grossesse par un pharmacien est synonyme d'accompagnement. Je l'ai toujours vu être remis sans un mot dans le meilleur des cas, ou avec un commentaire réprobateur, blessant et non constructif lorsque l'acheteuse était trop jeune et la pharmacienne pas assez professionnelle. (Attention, je ne critique pas l'ensemble des pharmaciens, je constate simplement que dans le cas précis du test de grossesse, restreindre la vente aux officines n'est peut-être pas la meilleure solution.)
Un certain nombre de femmes ressentent le besoin d'associer un professionnel de santé à la réflexion autour de l'enfant à naître, pas toutes il est important de les laisser libres de ce choix. Il serait intéressant de mettre en parallèle la réflexion des sage-femmes sur l'hypermédicalisation de la grossesse.
La question de l'IVG est évidemment plus complexe. Mais dans l'exemple que vous donnez (test fourni par une copine et attente jusqu'au dernier moment avant de consulter le médecin), ne croyez-vous pas que la jeune fille aurait attendu tout autant, mais sans avoir de confirmation de sa grossesse si elle n'avait pas eu accès au test ?
Enfin, à l'heure où le nombre de demande de consultations par médecin explose, ne pensez-vous pas que si un dialogue avec le professionnel de santé est nécessaire il est plus efficace de le faire une fois la grossesse confirmée ou infirmée ?

armance 26/01/2014 00:39

Je me suis exprimée de façon trop abrupte.
L'exaspération vient de la tendance croissante des patients à "demander de marquer" un tas de choses, médicaments, examens, certificats, soins, sans me voir ou même me demander mon avis, alors qu'au final, c'est quand même moi qui endosse la responsabilité de l'ordonnance. C'est surtout ce phénomène qui devient irritant: on se sent de plus en plus considérés comme des prestataires, on nous demande de délivrer le papier demandé en temps et en heure, alors que le plus important de notre activité consiste quand même à recevoir les patients en tête à tête, pour les écouter. Ce problème concerne toutes les prescriptions.
Pour ce qui est des tests de grossesse, j'ai simplement remarqué qu'une grande partie des femmes qui me font cette demande, souvent par téléphone, expriment par là une inquiétude, et que leur laisser simplement l'ordonnance sur un coin de bureau ne répond pas à leurs attentes. J'ai pris pour habitude de leur laisser un temps de parole pour s'exprimer, plutôt que de répondre à cette inquiétude par un papier rédigé sur le coin du bureau, surtout lorsqu'elles m'annoncent un diagnostic de grossesse évident.
Cette demande me parait parfois inutile car les maternités de mon secteur ne demandent pas de dosage biologique pour affirmer le diagnostic de grossesse et prendre en charge les patientes.
Alors quand une femme me dit qu'elle a un retard de règles qu'elle a fait un test de grossesse qui est positif, et qu'elle me demande en plus un dosage sanguin, je suis en droit de me demander ce qu'elle veut me dire par là.
J'ai d'autre part été confrontée à plusieurs reprises à des situations délicates entourant une prise en charge tardive de grossesse non désirée chez des patientes jeunes et socialement isolées, d'où mon interrogation.
Je ne pensais pas déclencher autant de réactions!

Anna 24/01/2014 20:51

Bonjour,
Je ne sais pas ailleurs, mais à Paris, une inscription en maternité (à faire le plus tôt possible...) n'est possible qu'avec un résultat de prise de sang.
On peut alors discuter des maternités, qui n'accordent aucune confiance aux futures mères, pour savoir qu'elles sont bel et bien enceintes et accepter une pré-inscription (validée, quoiqu'il en soit par un rdv physique au 4éme mois...) Mais au bout du compte, pas le choix, la discussion sur la nécessité d'un test sanguin n'est pas vraiment une option avec le secrétariat de maternité:)

Biloba 24/01/2014 10:43

Le test de grossesse dans les supermarchés, c'est permettre à quelqu'un d'autre d'aller l'acheter pour vous, éviter les indiscrétions à la pharmacie, le payer moins cher...
De toutes manières, les pharmacies ressemblent déjà tellement à des supermarchés que ça ne devrait pas trop leur porter préjudice. Il y a bien d'autres pays où les tests, prises de sang et IVG sont plus accessibles qu'en France et où les femmes continuent à avoir des enfants.
Quand on voit la qualité d'écoute de certains médecins, franchement, il vaut mieux avoir à faire à une caissière !

murmure 25/01/2014 14:51

Le cas de ces jeunes filles, je ne le connais pas.
Ceci dit, j'ai des jeunes filles qui sont ambivalentes et retardent pour ça; ont peur de se voir forcer la main et retardent; ont peur d'avoir des remontrances, un examen gyneco, de voir devenir les choses réelles... Les raisons sont souvent complexes! (et parfois pas hein)

armance 25/01/2014 07:05

Je comprends que chaque situation soit unique.
Je reste probablement influencée par la situation que j'ai déjà rencontrée deux fois dans ma pratique: une grossesse non désirée chez une jeune fille, connue depuis plusieurs semaines, mais révélée pendant la dernière semaine de délai légal pour l'IVG. Le test avait été fourni par une copine, sans autre explication.

Melia 24/01/2014 23:03

Je suis de l'avis de Bilbao. Ado, j'ai eu un gros doute, et il n'était juste pas question d'aller voir l'unique docteur du village pour vérifier une éventuelle grossesse, quant à la pharmacie, celle où t'appelle par ton prénom, meme topo. Je n'avais pas besoin d'écoute, j'avais besoin d'une réponse rapide et anonyme. C'est une amie qui est allé l'acheter dans la grande ville du coin… Lorsque j'ai désiré une grossesse, j'ai acheté mon test à la pharmacie. Le lendemain, en retournant à l'officine, la pharmacienne m'a accueillie en me disant "alors on a eu une bonne nouvelle?". Pas eu le moindre test sanguin pour confirmer le test urinaire, personne ne me l'a demandé. Lorsque j'ai de nouveau eu un doute, je suis allée dans une pharmacie bien éloignée de celle que je fréquente habituellement pour qu'on me laisse faire mon achat et découvrir la réponse à mes question tranquillement. Je n'ai jamais pensé à aller voir un docteur à ces trois occasions parce que justement, ce que je souhaitais c'était avant tout une réponse à mes interrogations et non un accompagnement voire un discours paternaliste.
Il faut accepter que les attentes des femmes qui cherchent à vérifier une grossesse ne sont pas toutes les memes. Celles qui ont besoin d'écoute ou d'une prise de sang pour des raisons pratiques sauront se tourner vers un généraliste.
Personnellement, pouvoir trouver un test de grossesse en grande surface les trois fois où j'y ai eu recours m'auraient grandement facilité la vie.

Bilboa 24/01/2014 12:25

J'abandonne. Tout est bon pour justifier l'intervention d'un médecin là où on devrait commencer par la mise à disposition des outils. Quand on voit la réaction de la plupart des généralistes aux demandes d'IVG des femmes, on s'explique mieux pourquoi elles préfèreraient acheter leur test en grande surface. Vous êtes au-dessus de la masse, probablement.

armance 24/01/2014 12:08

C'est dans cette situation précise qu'un accompagnement est important.

Biloba 24/01/2014 11:17

Par exemple, tu as 15-16 ans, du retard et tu paniques. Parfois, faire une prise de sang, c'est rébarbatif, pas possible rapidement avec emploi du temps,etc. Faire un test de grossesse, ça prend 5 mn.
Après, s'il est négatif, tu peux attendre 3-4 jours de plus pour confirmer par prise de sans si toujours du retard.

auxpueri 24/01/2014 10:47

Je ne comprends pas cette réponse.
J'ai eut trois enfants, mais j'ai aussi fait un IVG, et pour être prise en charge, là aussi le test sanguin était obligatoire.
Pourquoi dépenser 15 € alors que de l'on va m'obliger à faire une prise de sang.
Ce sont des vraies questions, je ne comprends pas ton raisonnement...

auxpueri 24/01/2014 08:35

Pour avoir le "droit" d'être suivi pour mes 3 grossesses il m'a fallu présenter un test sanguin positif. Alors ou est l'intérêt de faire d'abord un test urinaire ?

armance 24/01/2014 12:22

Le test sanguin n'est pas une "obligation" pour obtenir une prise en charge d'une grossesse: il suffit qu'un médecin atteste sur la déclaration de grossesse que la patiente est enceinte. Libre à lui de choisir ce qui va prouver le diagnostic: test urinaire, sanguin, ou échographie. La déclaration peut tout à fait être établie pendant la première visite prénatale, en s'appuyant sur l'échographie morphologique.

Biloba 24/01/2014 10:38

Peut-être pour éviter d'angoisser 5 ou 6 jours de plus ? Vous avez voulu ces grossesses, ce n'est pas le cas pour tout le monde.

sophie 23/01/2014 21:25

La CPAM ou la CAF veulent savoir qu'il s'agit bien d'une "vraie" grossesse et c'est le médecin qui signe le papier. Vous vérifiez comment que la personne est bien enceinte ?

armance 23/01/2014 22:50

La déclaration doit être faite avant la quinzième semaine.
L'écho de la onzième semaine suffit, ou une écho de datation que je demande si la patiente a des cycles particulièrement longs.

murmure 23/01/2014 19:08

He be, moi, je suis carrément pas d'accord.
Ca me pose aucun problème que les tests de grossesse se retrouvent chez le médecin traitant, en planning familial, en pharmacie ET en grande surface.
Si une femme se sent "mal à l'aise" face à un test, elle a toujours la possibilité de se faire accompagner. Par contre, si elle ne veut/peut/ n'ose pas aller en parler avec un pro, elle peut aussi.
On peut parfois leur faire confiance, non?
Je suis médecin généraliste et je travaille dans un centre qui fait des IVG, et je suis dans un pays où on peut acheter son test en grande surface.
Et j'ai pas souvent l'impression que les femmes se trompent d'endroit pour leur test!

murmure 25/01/2014 14:47

Je comprends bien, mais ...
Il y a aussi des femmes qui ne feront pas de tests parce que justement cela demande la démarche d'aller chez un pro, avec un certain coût, la gêne etc. ..et attendront "trop"
Certains professionnels malheureusement aussi retardent involontairement par ignorance la prise en charge (ils proposent par exemple de faire une écho pour dater avant d'envoyer en centre, ce qui retarde le rdv en centre alors que je fais les échos moi-même).
Je ne connais évidemment pas précisément la situation en France ceci dit.
Mais un nombre non négligeable de femmes arrivent en disant, j'ai fait un test "au cas où", pour me rassurer, parce que c'était simple, qui se révèle positif, et arrivent ainsi beaucoup plus tôt que si elles avaient attendu d'avoir des signes. Je fais régulièrement des échos "limite trop tôt" (4SA) parce que le test (acheté en grande surface ou sur le net) a été fait avant même d'avoir du retard...
Ce que tu oublies aussi, c'est que les tests non accompagnés, cela existe en France, ce sont les tests sur internet!
Et je le redis, en centre, nous faisons très souvent des tests avec les femmes (l'accueillante ou le médecin), la demande existe toujours d'être accompagnée!

armance 24/01/2014 12:12

Le problème ici est que l'IVG est légale, mais parfois difficile à mettre en oeuvre quand la patiente le demande: certains centres sont saturés, les rendez-vous sont donnés avec des délais de plus en plus long, qui se rapprochent de plus en plus de la date légale.
Savoir orienter les patientes qui le demandent évite les errements et la perte de temps dans le circuit de soins.

docteurdu16 23/01/2014 10:22

Armance.
Ce papier m’a d’abord hérissé le poil.
Quelle arrogance.
Quelle outrecuidance.
Puis j’ai réfléchi à toutes les notions qu’il véhiculait et je me suis dit, qu’au delà des mots, il était possible que l’on soit d’accord sur presque tout.
Commençons par les hérissements.
Eh oui, il y a des patientes qui n’ont pas la subtilité linguistique du grand docteur qui a fait dix ans d’études et qui ne connaissent pas la signification exacte de l’impression que leur phrase (le ton, le conditionnel) va laisser chez le spécialiste en médecine générale.
Eh oui, il y a des femmes qui veulent des tests remboursés… Ne les a-t-on pas habituées au tout gratuit, au méchant reste à charge, à la santé n’a pas de prix ?
Sans compter le petit paragraphe moral sur ce qui est financièrement rentable… pour cette brave khonne de patiente, si elle réfléchissait.
Et ensuite un autre petit paragraphe dans le style « Comme je suis une grande docteure empathique et bonne sur elle je vais lui parler quand même à cette patiente qui aurait dû étudier Saussure et Barthes. »
Eh oui on peut leur expliquer que la « valeur » diagnostique d’un test urinaire n’est pas moins bonne que celle d’un test sanguin mais que ce dernier peut avoir une valeur de datation, ce qui n’est pas toujours anodin.
Quant à ce paragraphe moralisateur sur « c’est quand même pas difficile de savoir qu’on est enceinte » il m’a laissé rêveur et je me demande même pourquoi les tests de grossesse existent et pourquoi les médecins hésitent parfois devant des douleurs abdominales qui pourraient évoquer une grossesse extra utérine ou pourquoi il est si difficile, sans échographie de datation, de connaître la date de conception.
La suite est encore plus étonnante…
Je fais une incise : imaginons, Armance, que ce texte ait été écrit par un homme ? Je pourrais écrire les commentaires…
Etonnante car on sent les bons sentiments qui arrivent après la leçon de morale. Armance, vous demandez (et vous écrivez que vous tendez toujours une perche) : « Est-ce une bonne nouvelle ? » et les bons sentiments, comme on dit, qui ne font pas forcément de la bonne médecine, cachent votre pensée humaniste : « N’oublions pas que le droit à l’avortement… »
Je comprends vos bons sentiments et je comprends que vous ne vouliez pas passer à côté d’une demande informulée d’IVG, je crois surtout que vous ne voulez pas que l’on oublie que vous appartenez au camp moralement et éthiquement inattaquable des docteurs qui sont friendly IVG, pas les autres (dont je ne suis pas, entre parenthèse). Mais, cette question, que je pose parfois en d’autres termes et à d’autres moments, c’est aussi une fantastique intrusion dans la vie de cette femme (jeune ou pas) et dans son imaginaire. Il faut lui laisser le temps de réaliser, il ne faut pas d’emblée médicaliser sa grossesse, il n’est pas besoin d’être une femme pour savoir que l’annonce de la positivité d’un test de grossesse entraîne très souvent des sentiments ambivalents, pas seulement sur le plan je le garde/je le garde pas, mais sur tout le reste, l’avenir professionnel, la nouvelle chambre, l’allaitement, la nouvelle voiture, la réaction (je devrais dire les réactions également ambivalentes) du compagnon / mari / amant, l’avenir du couple…
Et ainsi, en me relisant, je comprends, Armance, que vous ayez voulu souligner combien la révélation d’être enceinte avec un test de supermarché peut être angoissant et que cela mérite un accompagnement mais, ) mon avis, vous ne pouvez à la fois critiquer la patiente sur son besoin de remboursement (argument économique qui vous apparaît trivial), dénoncer la non autonomie (recherche d’une confirmation médicale de sa grossesse) et vouloir imposer l’hétéronomie médicale dans le fait d’être enceinte que l’on a trop médicalisé et, en provoquant, beaucoup trop patriarcalisé.
Donc ce papier m’a hérissé mais je me rends compte que mes préoccupations sont les vôtres… mais exprimées autrement.
Bonne journée.

L'Arnal 23/01/2014 11:46

Sans rentrer dans le reste du débat, je ne trouve pas que demander si c'est une bonne nouvelle à une patiente venant parler grossesse soit si intrusif.

Cela reste une question ouverte, certes un peu orienté, à mon avis relativement nécessaire pour pouvoir adapter notre attitude de soignant. Nos réponses aux autres questions de la patientes ne seront pas toujours les mêmes en fonction de ce paramètre, il pourrait nous arriver de gaffer.

Sur la forme, je tente une version un peu plus neutre mais recherchant la même information : "c'est une grossesse que vous recherchiez / c'est une nouvelle que vous attendiez ?", l'aspect vécu positif ou négatif de l’événement est en général spontanément annoncé en réponse.

nb : je viens de lire récemment "Le Chœur des femmes" de M. Winckler, dénonçant bien le caractère intrusif de nos questions envers l'intimité des femmes. Mais j'ai peut-être pas tout compris sur ce sujet, je sors juste peu expérimenté de mes études ;-)

La Petite Coco 23/01/2014 08:41

Acheter un test de grossesse urinaire en supermarché est bien plus anonyme qu'en pharmacie. Pour certaines patientes, c'est utile. Avec un peu de chance ce sera un peu moins cher en plus. Et pour toutes les femmes qui veulent juste savoir si elles sont enceintes avant d'aller voir leur médecin, pourquoi se priver de cette offre en supermarché. Et pour celles qui font des tests de grossesse régulièrement sur un désir de grossesse en échec, éviter le regard du pharmacien qui te voit arriver tous les mois c'est pas mal. Je suis donc d'accord sur l'accompagnement pour certaines mais d'autres n'en ont pas besoin, on ne peut pas les priver de cette offre.

Miss Ouinie 23/01/2014 06:06

Tout à fait d'accord avec vous Armance.
Non ce n'est pas caricatural. L'information passe parfois mal. Et ces personnes tant qu'elles ne sont pas confrontées à la situation, même en prévention , écoutent d'une oreille distraite.. Ou alors elles n'osent pas se renseigner auprès de personnes compétentes.
Rien ne vaut un dialogue en tête avec un professionnel de santé. Sortant de polytechnique on ne sait pas toujours tout faire et parfois même les choses les plus élémentaires .

RoseAndCook 22/01/2014 23:50

C'est un peu caricatural tout de même :) C'est m'est arrivé pour une des grossesses de demander des dosages de beta-hcg pour vérifier que ça évoluait correctement. Et puis les questions évoquées, c'est surtout pour le 1er enfant, après on sait rapidement par qui on veut être suivi, comment s'inscrire, les examens etc.
Sinon si c'est juste "pour savoir", c'est beaucoup plus simple et pas très cher de se commander des tests sur simply-tests, ils ont des seuils plus bas que les machins hors de prix vendus dans nos belles pharmacies :) (10mUI/ml pour les bandelettes et il ne faut pas avoir fait Polytechnique pour les utiliser :) )

benedicte 22/01/2014 22:46

Tout a fait d'accord. Tout le monde a droit , ça n'est effectivement pas une raison pour brader ce droit comme on brade une boite de petit pois. L'accompagnement est essentiel .