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Armance, femme, médecin (et mère) de famille

Droite, gauche, gauche, droite.

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Droite, gauche...

Quel médecin n'a jamais fait l'erreur? Confondre la droite et la gauche. Ecrire sur une ordonnance "échographie de l'épaule droite", alors que c'est l'épaule gauche du patient, qui est à explorer.

- Docteur, vous vous êtes trompée, vous avez écrit droit, c'est à gauche que j'ai mal.

Ca, c'est au mieux, quand on s'en rend compte tout de suite. Je refais l'ordonnance. Parfois, la méprise est démasquée un peu plus tard:

- Docteur, le radiologue a demandé que vous refassiez l'ordonnance, vous avez écrit "épaule droite" à la place de "épaule gauche".

La bourde a été rattrapée à temps.

J'ai un ami qui était aide-opérateur, comme moi, pendant ses études. Comme il était expérimenté, son chirurgien le laissait tout préparer avant l'intervention, les instruments, la désinfection, le champage. Un jour, ils devaient opérer un enfant d'une hernie inguinale. Il a tout préparé, le chirurgien est arrivé, a incisé, a cherché... Il ne trouvait rien, et a demandé de se faire relire le dossier: hernie inguinale droite, et non gauche. S'en est suivie une explication retentissante sur cet événement qui semblait confirmer le vieil adage selon lequel, pour bien dissimuler un document ou une somme d'argent dans un bloc opératoire, il suffit de l'insérer dans le dossier du patient. C'est sans compter le pêcher d'excès de confiance en soi, d'excès de confiance en l'autre et de distraction.

Gauche, droite...

C'est de ma main gauche que j'use le plus souvent. Petite, je n'avais pas la sensation de regarder le monde comme les autres. Pour imiter ou apprendre un geste, je le faisais comme face à un miroir, dans une symétrie selon un plan frontal. Les autres semblaient faire autrement.

J'ai appris à faire les points naturellement avec ma main gauche. L'un des chirurgiens avec qui je travaillais me demandait de l'aider à finir de fermer les laparotomies. Pour le plan cutané, on partait chacun d'un côté, l'un du pubis, l'autre du sternum, rendez-vous au nombril. Il perdait totalement ses moyens en me voyant faire le même geste de façon inversée par rapport à ses propres gestes, cessait de suturer et posait son porte-aiguille. Par feignantise pure et dure, j'ai pris quelques heures pour apprendre à les faire aussi de la main droite. Lorsque je faisais mon surjet, le chirurgien continuait alors le sien sans sourciller.

Droite, gauche...

La peur de me tromper avec les patients est toujours présente. Chacun trouve ses repères. Lorsque ils perçoivent que j'hésite, certains patients tentent de m'aider:

- Gauche pour moi, c'est droite pour vous, Docteur?

Surtout pas... Alors j'hésite encore plus, et je jette un rapide coup d'oeil à mes mains: la gauche, c'est celle qui me sert à écrire, l'autre, c'est la droite. Parce que là, pour ne pas me tromper, il faut que je me concentre dans une autre symétrie, celle-là plutôt selon un axe vertical.

La droite, c'est du côté du foie, la gauche, du côté de la rate. Voilà un moyen efficace. Je visualise une schéma anatomique, et voilà la droite et la gauche indiquées sans erreur possible. Il l'est pour la majorité des patients, sauf les quelques originaux dont les organes sont tous inversés: le coeur à droite, le foie à gauche. Un de mes patients avait un situs inversus complet. Lorsqu'il était hospitalisé, immanquablement, et avec sa complicité, l'interne envoyait un externe lui faire un électro-cardiogramme et lui demandait d'interpréter le tracé. Il laissait le pauvre externe mariner dans son doute devant un tracé qu'il percevait anormal sans parvenir à formuler où était le problème.

Gauche, droite...

Le proche centre hospitalier a récemment reconstruit tout le service des urgences. Comme je m'y rendais pour ma première régulation, j'ai reconnu l'infirmière-cadre du service des urgences et lui ai demandé le chemin. Elle a tendu son bras et sa main vers le fond du couloir, puis a fléchi le poignet vers sa gauche, et m'a dit, tout en réfléchissant:

- Au fond du couloir, puis gauche... gauche... gauche... gauche.

- C'est bien militaire, comme indication!

- Ha! Ha! Mon père est militaire!

Droite, gauche...

La faute de frappe aussi, on la redoute et on la fait: écrire "gauche" à la place de "droite" ou "droite" à la place de "gauche" dans un courrier ou un dossier.

Pour Killian, je n'ai jamais su, et je ne saurai jamais. Sa mère me l'a amené un vendredi soir, alors qu'il avait deux ans. Il avait de la fièvre et pleurait continuellement. Sa mère m'a dit que la température ne baissait pas. Je la connais, sa mère. Elle est posée, elle a la tête froide. Elle n'est pas de ces parents qui nous amènent un enfant en disant "la température ne baisse pas", et pour qui on comprend en interrogeant de façon policière que oui, la température baisse après la prise des médicaments, mais qu'elle remonte ensuite. J'ai contrôlé la température de Killian, il avait 39°2, et j'ai demandé à sa Maman l'heure précise et la dose de la dernière prise de paracétamol: une dose adaptée il y a exactement deux heures. Je n'ai rien trouvé en examinant Killian, alors je l'ai adressé aux urgences parce que je croyais sa mère et que je sentais à sa façon de pleurer qu'il se passait quelque chose sans pouvoir dire quoi. Le médecin des urgences l'a renvoyé chez lui. Il n'a rien trouvé non plus, il ne connaissait pas sa mère, elle lui a dit comme toutes les autres ce jour-là "la fièvre ne descend pas", parce que la fièvre ne descendait vraiment pas, non parce qu'elle se sentait dépassée. On entend cette phrase tant de fois dans la journée! Killian a été ramené aux urgences le lendemain: en plus de la fièvre, il avait mal à une jambe. Laquelle? La Maman ne se souvient plus, il n'a plus mal, maintenant. Le courrier du médecin des urgences dit "un point d'ostéite sur le péroné droit", le courrier de sortie du pédiatre dit "ostéite du péroné gauche", les radios sont restées à l'hôpital. Finalement qu'importe? Killian va bien.

Gauche, droite...

Et pour Marcel, a posteriori, j'en suis encore retournée.

Il est venu me voir sans rendez-vous, à tout hasard, une vendredi après-midi miraculeusement calme. Il voulait savoir si je pouvais le prendre, parce qu'il avait une gène dans la poitrine depuis une demi-heure. Pas vraiment une douleur ou une oppression, une gène:

- C'est pas fort du tout, mais c'est là, quoi.

C'était toujours présent et constant, même si je palpais son thorax, même s'il changeait de position, même s'il respirait profondément. Je n'ai rien trouvé en l'examinant, alors, pour avoir fait le tour de la question, je sors la machine pour lui faire un électro-cardiogramme.

- Boaf! Vous croyez? C'est histoire de faire fonctionner la machine, té!

Je sors un tracé un peu pas net, pas franchement alarmant. La lecture automatique de la machine ne repère pas de signe d'infarctus. Je vois bien des anomalies, mais elles sont comme on dit "non significatives". Je repère un bloc de branche gauche. Je n'ai pas de tracé antérieur dans son dossier, juste un compte-rendu rédigé par un cardiologue il y a quatre ans. Il a noté: "bloc de branche droit". Celui que je vois est bien gauche. Existait-il avant? Il est bien écrit "droit" sur mon dossier, mais ce courrier a été dicté par un cardiologue, saisi par sa secrétaire, saisi ensuite par la mienne. Qui dit que l'un ou l'autre des trois n'a pas écrit "droit" à la place de "gauche"? Car c'est bien un bloc gauche, que j'ai sur le tracé.

Dans le doute, j'appelle le régulateur du SAMU: "patient avec précordialgie louche, 1 facteur de risque, ECG pas typique mais louche". En dépit de mes doutes, il m'envoie une équipe. L'urgentiste en arrivant regarde le tracé, regarde le compte-rendu d'il y a quatre ans:

- Le reste n'est pas significatif, c'est vrai, mais un bloc qui apparait à gauche, tu peux le considérer comme un signe d'infarctus.

Il n'a eu aucun doute, lui. Marcel peut lui en être reconnaissant.

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vk streaming 05/02/2014 22:59

Il me souvient des étudiants et autres progressistes tcheques, des vrais socialistes qui écrivirent sur les murs de Prague: Lénine réveille-toi, ils sont devenus fous. Ils furent 'récupérés' lachement par des réacs ou des 'anti-communistes primaires'. Apres leur mort. Repose en paix Jan Palach.

Ketsia 15/12/2013 22:57

Cela me rappelle une anecdote personnelle: (dyslexique je confond ma gauche et ma droite). A 12ans, je me suis faite opérée du genou droit. Me voilà dans la salle d'opération, et l'on commence à préparer mon genou pour l'opération, mais quelque chose me parait bizarre, il me semble que ça n'est pas le bon. L'infirmier vérifie le dossier: c'est le gauche qui est notifié. Mais du haut de mes 12ans, je doute… Et l'infirmier de me demander: "Mais tu es vraiment sure??". Au final ils opéreront le droit, sans même avoir vérifié auprès de mes parents ou de mon MG. Et sur le compte rendu, il est noté que c'est mon genou gauche qui a été opéré...