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Armance, femme, médecin (et mère) de famille

"Le docteur est pas là!".

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Au creux de l'été, nous abordons depuis quelques jours la période de grand sommeil. Une grande partie de la population est en vacances, toute l'activité tourne au ralenti, sauf dans les zones touristiques où l'activité bat son plein.

Les médecins n'échappent pas à la règle: il fait beau, leurs enfants glandent à la maison, il leur prend une irrépressible envie de sortir de leur cabinet et respirer l'air du dehors. Pour maintenir un minimum de continuité des soins, les solutions les plus employées sont de trouver un médecin remplaçant, ce qui est ardu pour cette période, ou fermer son cabinet en orientant les patients vers le cabinet d'un autre médecin qui voudra bien assurer les actes indispensables.

Pour les patients, il y aura rupture dans un cas comme dans l'autre. Les plus dépendants affectivement ne manqueront pas de le faire savoir à leur médecin à son retour par de petites phrases acides ponctuées de "mais vous n'étiez pas là", avec ou sans un "bien sûr" accolé selon l'intensité du ressentiment. Ceux dont la mauvaise foi est la plus prononcée expliquent comment ils n'ont pas pu consulter en mon absence malgré la présence d'un associé, une remplaçante, deux autres cabinets sur la même commune, et crient parfois même "au désert médical", c'est le thème en vogue. Selon la froideur de ma réaction devant ce discours revient parfois un petit "mais il faut bien que vous vous reposiez". Je prends plaisir à les faire parler jusqu'à ce qu'ils finissent par le reconnaître eux-même.

Car pour nous, médecins, passer la main n'est pas toujours si simple. Nous avons aussi notre dépendance aux patients, à des degrés divers. Si pour la plupart des patients, ceux qui n'ont pas de problème majeur, le sevrage se fera sans aucune difficulté, pour ceux dont on sait qu'ils traversent une période délicate, on regrette souvent de s'absenter "juste à ce moment là". En y réfléchissant bien, lorsqu'on doit arrêter des dates avec un remplaçant entre six mois et un an à l'avance, il nous est impossible d'anticiper telle ou telle complication de tel ou tel patient.

Chaque médecin doit donc passer la main à un confrère, voisin ou remplaçant, en lui indiquant les éléments qui lui paraissent importants à connaître s'il a des situations délicates à gérer en cours.

Cet exercice de transmission de l'information, les remplaçants le connaissent bien, et ceux qui ont du métier peuvent très rapidement en déduire la teneur du remplacement à venir.

Depuis la situation clinique et sociale de chaque patient détaillée avec arbre généalogique à l'appui, aux consignes uniquement pécuniaires, en passant par les consignes brèves et pragmatiques ("en fin de vie, ne pas hospitaliser"), ou l'absence totale de consigne ("t'es démerde, tu vas y arriver"), tout se voit. J'ai même connu, en temps que remplaçante, la transmission où l'ordre d'importance à mes yeux était totalement inversé avec celui du médecin remplacé:

- Des transmissions? Euh... Ouais, j'ai deux patients en fin de vie, mais bon... Ah, si, je te le dis, il faut que tu le sache: il y a une grosse épidémie d'angines en ce moment, on en voit plein!.

Autant dire qu'il m'avait fallu gratter un peu plus pour avoir des informations plus utiles...

Je vois donc déjà mes patients anticiper mon absence à venir. Ils me racontent leurs vacances puis s'enquièrent de mon emploi du temps dans les semaines à venir:

- Et vous, les vacances, c'est pour quand?

Si je réponds de façon vague ("bientôt"), ils me demandent inévitablement des dates et regardant le plafond. S'ensuit un état des lieux sur leur présence et la mienne, avec éventuellement un commentaire sur la nécessité de se dépêcher de venir me consulter avant ou d'attendre après en cas de coup dur. Ce n'est pas de mon bien-être, mais bien de ma disponibilité pour eux qu'il est question. Je rappelle donc à l'occasion qu'un remplaçant sera là, qui a aussi fait des études de médecine générale.

Avec un peu de communication à bon escient, nul n'est irremplaçable.

Bonnes vacances aux remplacés, et bon courage aux remplaçants!

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Docteurneurone 01/08/2013 10:15

Enceinte jusqu'au nez on m'a dit: "comment, vous partez déjà en congé à 8 mois de grossesse?" C'était une femme en plus.

Anerick 01/08/2013 11:01

Ce sujet me passionne ! Docteurneurone, votre commentaire est révélateur de l'oubli de soi-même dans son travail pour l'autre, du diktat du toujours plus ! Or ce n'est pas la vie ! Si les autres ne le comprennent pas ou veulent se tuer à la tâche ma fois ça les regarde !

Anerick 01/08/2013 08:28

Personnellement j'ai le sentiment que le fait de m'adresser bien souvent à une génération où le travail primé sur le reste rend encore plus délicat la chose. Certains ne comprennent tout simplement pas que nous puissions prendre des vacances. "Encore ?!" me dit-on !!!

Anerick 01/08/2013 09:07

Ils le disent en pensant bien dans ton exemple mais c'est vrai qu'à la longue c'est épuisant. Tu voudrais juste qu'il te dise "ok, pas de soucis et bonnes vacances à vous !"

armance 01/08/2013 09:01

Oui, tout comme la nécessité de se justifier.
Par exemple, à un patient qui protestait ouvertement contre l'absence (mais remplacée) de mon associé, celui-ci a demandé:
- Et si je me casse une jambe? Je ne serai pas là pendant longtemps et vous serez bien obligé d'aller voir mon remplaçant.
Ce à quoi le patient a répondu:
- Oui, mais c'est pas pareil.