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Armance, femme, médecin (et mère) de famille

Premier contact.

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Ce jour là, je suis interne depuis deux mois, et je viens de me rendre compte que je suis enceinte.

Je n'ai jamais consulté de gynécologue de ma vie. Je n'ai toujours eu affaire qu'à mon médecin traitant pour ma contraception. Je travaille dans un petit hôpital d'une toute petite ville de périphérie, et je sais que je vais très certainement déménager dans quatre mois pour une autre petite ville, par le jeu de rotation des listes de choix de stage.

Dans cette petite ville, je n'ai jamais consulté de médecin, je ne connais pas les généralistes, je ne connais que quelques médecins de l'hôpital. Je pense que le gynécologue que je vais consulter ne suivra certainement pas ma grossesse jusqu'au bout. Je n'ai pas très envie de consulter dans l'hôpital où je travaille, j'ai déjà envie de séparer ma vie professionnelle de ma vie personnelle.

Je choisis un gynécologue un peu au hasard, dans les Pages Jaunes. Finalement, le seul critère de choix que je retienne est une adresse que je connaisse, pour ne pas avoir à chercher.

Je me rends donc dans son cabinet pour un premier rendez-vous.

Ce médecin partage le cabinet avec son épouse, médecin également, mais qui pratique l'oto-rhino-laryngologie. Je suis accueillie par une secrétaire, qui me propose de m'installer dans la salle d'attente.

Quelques minutes plus tard, elle m'appelle, et me demande d'emprunter un couloir pour me rendre directement dans le bureau du médecins que je vais consulter.

Je ne suis pas totalement rigide, mais je suis un peu piquée au vif que ce médecin ne vienne pas me chercher en salle d'attente, alors que j'ai vu son épouse venir elle-même à la rencontre de ses patients.

Je suis un couloir un peu sombre, trouve une porte ouverte à ma droite et m'y engage.

Dans cette pièce, derrière le bureau, un homme plutôt avenant m'attend, me salue, et me tend sa main pour que je la serre, ce que je fais. La poignée de main est ferme et claire, elle m'inspire plutôt confiance. Et pourtant, je me dis qu'il aurait quand même pu se lever pour me serrer la main, comme il est d'usage.

L'entretien se déroule de façon fort agréable. Il est sympathique, rassurant, et visiblement fait totalement abstraction de mon statut d'interne, ce que je recherche en temps que patiente. Je trouve au fond de moi-même que cet abord tranche avec la façon un peu distante dont il m'a reçue.

A la fin de l'entretien, il me propose de passer dans la pièce attenante et de me déshabiller pour un examen, et je m'exécute.

Il ne se lève toujours pas de derrière son bureau.

Je passe à côté, je me déshabille. Il me demande mon poids, toujours depuis son bureau. Je monte sur la balance, et j'en profite pour m'alléger de deux kilos, en me promettant de faire des efforts diététiques à partir de ce soir.

Je monte sur la table d'examen, et attends, jusqu'à ce que je le voie arriver en fauteuil roulant.

J'ai terriblement honte de moi, et surtout de tout ce que je viens de penser.

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carte du monde 11/03/2013 20:50

Bonne nouvelle en effet :)
Samantha

Babeth 10/03/2013 11:39

En lisant ton billet, on devine la fin. Mais en vivant cette situation "en vrai", j'aurais eu exactement les mêmes impressions que toi je pense :-)

armance 10/03/2013 20:43

En vivant la situation "en vrai", je n'ai vraiment rien vu arriver.

docteur Vincent 09/03/2013 18:15

Quelle bonne nouvelle! J'espère que vous ferez bon ménage avec ce médecin qui a bien du courage de continuer.

armance 09/03/2013 19:17

Relativisons: "Ce jour-là", c'était il y a quinze ans...
J'ai beaucoup admiré ce médecin, qui faisait aussi parfois les accouchements à domicile.